Anciennement « Dogue à tout faire » du royaume britannique, le Mastiff est vraiment un «gros», quelque chose comme 65 à 80 kg pour les femelles, 85 à 100 kg, voire plus, pour les mâles ! Impossible de passer inaperçu.
Chien de garde, chien de village, chien de seigneur, chien de guerre, garde-chiourme, chien de combat contre les ours et autres, ou encore chien de chasse au gros gibier, le Mastiff a fait preuve de polyvalence au cours de son histoire. Le rôle de chien de garde est celui pour lequel on l’a le plus employé, c'était le chien du village ou du château. On comptait sur sa force de dissuasion. Pour reprendre le mot de Raymond Triquet, « Le molosse, c’est le chien qu’on montre pour ne pas avoir à s’en servir ». Son origine se perd, selon l’expression consacrée, dans la nuit des temps, mais il n'y avait pas à cette époque d'homogénéité dans la race. Son apparence était adaptée à l’utilisation qu’on en faisait et les Mastiffs étaient assez disparates.
Une chienne Mastiff s’illustra à la bataille d’Azincourt en défendant le cadavre de son noble maître, Sir Piers Legh; ce fut l’origine de la célèbre lignée de Lyme Hall, pieusement entretenue au cours des siècles. La fidèle et courageuse chienne d’Azincourt avait été mariée en France probablement avec un chien du même genre, avant de repartir dans son pays. Shakespeare fait dire à un Français parlant de ces chiens à la bataille d'Azincourt, « cette île d'Angleterre produit de très vaillantes créatures, leurs Mastiffs sont d'un courage sans égal ». L'ambassadeur du roi Edouard IV relate qu'il fut reçu par Louis XI accompagné de cinq Mastiffs et que le Roi de France reçut par la suite d'autres représentants de cette race envoyés de Grande-Bretagne.
Le Mastiff a eu ses heures de gloire et ses périodes pauvres comme la fin du XIXe siècle en Grande-Bretagne où la race passa par un point très bas au niveau des naissances (25 en 1900). De la même façon, pour des raisons bien compréhensibles, le Mastiff avait, après la dernière guerre, presque disparu dans son pays d’origine ; heureusement, ce n’était pas le cas aux USA et quelques importations alliées à quelques survivants permirent de reconstituer la race en Grande-Bretagne. C’est au cours de l’année 1883 qu'avait été fondé le Old English Mastiff Club, encore existant aujourd’hui, mais le premier Club américain avait, lui, été créé quatre ans plus tôt. Le Mastiff Club Of America, club officiel reconnu par L’American Kennel Club fonctionne depuis 1929.
Dans le domaine anecdotique, il faut savoir que des Mastiffs actuels ont un peu de sang Dogue de Bordeaux dans les veines. Une chienne Dogue de Bordeaux, Fidelle de Fénélon, importée aux USA en 1959 fut enregistrée par erreur en tant que Mastiff par l’American Kennel Club ; elle fut «mariée» à un « vrai » Mastiff, Merles Alvin et infiltra la race. Des arrière-petits-enfants de cette chienne sont devenus Meilleurs de race à des Spécialty Shows (équivalents de nos Nationales d’Elevage) et un de ses descendants nommé The Devil (le Démon !) Of Wayside fut importé en Grande-Bretagne où il devint champion et donna naissance à plusieurs champions.
Cette retrempe assez récente fut certes involontaire mais les retrempes étaient courantes dans les siècles passés, chez le Mastiff comme chez tous les autres chiens pour permettre de sélectionner des chiens aptes à l’usage auquel ils étaient destinés.On sait que des Mastiffs avaient été exposés en France au début du XIXe siècle, mais il fallut attendre le début des années 70 pour voir des Mastiffs inscrits au LOF.Pour terminer ce rapide parcours de l’historique du Mastiff et au risque de décevoir quelques amoureux des tailles extrêmes, il faut préciser que c’est très certainement à l’époque actuelle que l’on trouve les Mastiffs les plus imposants.
Le mot Mastiff vient du vieux français mastin, issu lui-même du latin mansuetus qui signifie apprivoisé, même origine que mansuétude, un mot qui évoque plutôt la bonté que la férocité. « Pot de colle » ou « tas de glue », c’est au choix ; le Mastiff est un monument de tendresse et il vaut mieux le savoir, car ses marques d’affection sont quelquefois envahissantes. C’est aussi un seigneur et il se comporte comme tel, il attend qu’on le serve, il se laisse aussi volontiers aller s’il est malade ; heureusement, cela ne lui arrive pas souvent. Mais, il vous rend au centuple ce que vous faites pour lui.
Il n’est vraiment pas compliqué, il n'a pas d'état d’âme, et si son maître est là, il est content et ne demande pas plus. Son idéal : « une chaumière et un cœur » car il aime aussi sa maison et ses petites habitudes. Il est d’une grande gentillesse envers sa famille mais c’est aussi un excellent chien de garde, spontanément protecteur ; il se met devant la barrière et personne n’a envie d’insister ; il aime bien jouer à faire peur et son physique s’y prête, mais il n’a pas un poil de méchanceté. C’est même foncièrement un « brave type ». Méfiant envers l'étranger de prime abord, il est toujours prêt à lier connaissance, une fois les présentations faites. Il est plutôt obéissant mais sans précipitation excessive. Avec ses congénères, il ne cherche pas la bagarre et est même plutôt du genre sociable ; on peut le plus souvent le faire cohabiter sans problème avec d’autres chiens. Il « copine » aussi volontiers avec d'autres animaux, chats, bien sûr mais aussi chèvres ou chevaux. Il y a quelques d'années, une éleveuse de Mastiffs élevait aussi des Chihuahuas et se taillait un franc succès en exposition en plaçant le « petit » sous l'oreille du « grand ».
Il n’est pas de lui-même un grand sportif et il ne faut pas compter sur lui pour prendre de l’exercice tout seul ; il préfère rester là où est son maître. Mais si son maître est sportif, il le sera aussi et le suivra en ballades de toutes sortes avec grand plaisir. On peut profiter de son penchant pour le jeu pour l'entraîner à l'agility ou au pistage car il a du flair. Son naturel est vraiment gai, il adore jouer avec des balles ou autres objets. Il aime souvent se baigner, jouer avec l'eau, nager. Beaucoup de Mastiffs adorent la pluie et on est obligé de les faire rentrer à l'abri pour qu'ils ne se transforment pas en serpillière. En somme, sous un aspect sévère, le Mastiff est un joyeux luron, pas compliqué pour deux sous, débordant d'affection pour les siens mais avec une aptitude naturelle pour la garde.
Comme toutes les races de poids, le Mastiff demande une certaine surveillance. Le but n’est pas de produire des mastodontes mais des chiens sains, même si on les souhaite avec de la substance. Dans la majorité des cas, ce n’est pas un chien fragile, il est plutôt rustique et ne craint pas le froid, grâce à un bon sous-poil. La période à surveiller est la période de croissance. Il faut absolument éviter un excès d’exercice pendant le jeune âge. Ce qu’il y a de pire pour un jeune Mastiff en croissance, c’est un autre jeune chiot très remuant car il faut que ces gros chiots aient des grands moments de tranquillité dans la journée. Autre point important : éviter absolument de rajouter des vitamines ou du calcium à la nourriture sans avis du vétérinaire. Cela peut aboutir à de véritables catastrophes. Le plus simple est que la base de la nourriture soit constituée par des aliments secs de bonne marque, spécifiques pour grosses races. On peut bien sûr rajouter viande et fromage, ne serait-ce que pour l’appétence, mais sous réserve de ne pas le faire au point de déséquilibrer la ration croquette qui doit rester la base.
Il faut également veiller à lui assurer un exercice suffisant pour entretenir sa musculature, la promenade est bonne pour le maître et pour le chien.Le Mastiff a plutôt des bonnes hanches pour un molosse. En France, 70 % d’entre eux sont A ou B, une très faible proportion est D ou au delà.En France, un examen ophtalmique est nécessaire pour la confirmation depuis 1984. Aux USA, il est courant et conseillé par le Mastiff Club Of America de faire effectuer un examen oculaire, des radios des hanches et des coudes ainsi qu’un dosage des hormones thyroïdiennes avant de faire reproduire un Mastiff. Un éleveur américain sérieux ne s’offusquera pas de ce qu’un acheteur demande à vérifier que les géniteurs d’un chiot aient ainsi été testés. Si, ce qui est probable, la confirmation est supprimée, il faudra que ces examens soient obligatoires pour les chiens certifiés.La longévité des Mastiffs n’est pas très élevée, comme celle de toutes les grosses races, mais on peut raisonnablement espérer les garder une dizaine d’années, un peu plus ou un peu moins. Certains peuvent atteindre 13 ans mais c’est assez rare. On ne peut pas dire que les Mastiffs soient plus ou moins prédisposés à certaines maladies, les causes de décès sont assez diverses.
Avec ce chien de poids, inutile de dire qu’il est bon qu’il sache qui commande à la maison, ce n’est d’ailleurs pas quelque chose de difficile à lui faire comprendre. Il faut lui inculquer tôt des bonnes habitudes, la fréquentation d’un club d’éducation est recommandable. Il faut aussi l’habituer dans son jeune âge à toutes les situations de la vie, la rue, les voitures, les enfants qui crient et se traînent par terre, les autres animaux, chiens, chats ou basse-cour. Mais à vrai dire, ce conseil est valable pour toutes les races de chien !