Vous connaissiez le Mâtin de Naples, le Bichon Maltais, le Petit Lévrier Italien… Découvrez le fleuron des molosses « made in Italie », le Cane Corso, une race récente dans la cynophilie, qui a gagné rapidement tous les continents. En France, il se positionne comme un sérieux concurrent des Boxers, Rottweilers et autres molosses de bonne compagnie.
Sans vouloir remonter aux origines du molosse, il est indéniable que le Cane Corso est directement issu des molosses utilisés par les légions romaines. Le Cane Corso est le fruit d’une sélection de sujets particulièrement adaptés à la protection de l'homme. D'où son nom : Corso viendrait du latin cohors qui signifie protecteur, ou encore - les auteurs s'affrontent sur ce sujet -, des "cohortes" romaines. Mais quoi qu'il en soit, voilà le moment de balayer une idée reçue qui voudrait que l'élégant molosse soit originaire de l'Ile de Beauté !
Une race fort ancienne donc, présente dans toute l’italie, mais qui s’est retrouvée confinée dans la région des Pouilles au bord de l'Adriatique. Les effectifs s’amenuisèrent au point que la race se retrouva proche de l’extinction dans la seconde moitié du XXe siècle. C'est alors que quelques passionnés se regroupèrent pour sauver la race. La Société des Amateurs de Cane Corso (SACC), née dans les années soixante-dix, établit une description précise de la race et mit en place un plan de sélection rigoureux. En 1979, la race fut enregistrée par l’ENCI, la société centrale canine italienne. Le Cane Corso put alors se développer.
Il faut encore patienter pour le voir pointer sa truffe hors d'Italie. En France, par exemple, ce n'est qu'en 1988 qu'il arrive chez un éleveur de l’Est spécialiste des molosses. Et encore, la SACC veille jalousement au devenir de sa race et fixe des limitations très strictes. Les premiers sujets exportés ne peuvent reproduire que sous leur contrôle et tous les chiots femelles doivent réintégrer l'Italie ! La situation va évoluer en 1996, dès que le standard de race est publié par la Fédération Cynologique Internationale. Le succès est rapide, la demande est forte et nombreux sont les éleveurs qui vont s'engouffrer dans l’élevage du nouveau molosse italien. Malheureusement, la croissance foudroyante des naissances crée des antagonismes chez les éleveurs italiens : la SACC est désaffiliée par l’ENCI à la fin des années 90 et une nouvelle association, l’AICC (Associazione Italiana Cane Corso), voit le jour. Depuis, c’est l’AICC qui s’occupe de la sélection officielle de la race en Italie.
Si vous voulez fâcher les connaisseurs, dites que le Cane Corso est une version légère du Mâtin Napolitain ! La scission des deux races est si ancienne que les types sont depuis longtemps très différents. Pourtant… on arrive à trouver chez certains sujets un petit air de famille. Mais c'est bien là que le bât blesse. Alors que la SACC protège jalousement ses souches et n'autorise l'exportation de reproducteurs qu'avec parcimonie, d'autres éleveurs italiens moins scrupuleux vendent à ces nouveaux éleveurs venus du monde entier le dernier chien à la mode. Et si l'on trouve des Cane très mâtinés - se rapprochant de la morphologie du Mâtin de Naples -, il en est d'autres qui sont plus légers, de plus petit format, pas très éloignés du Boxer… Bref, les premiers sujets que l'on a pu croiser, y compris sur les rings d'expositions, n’étaient pas forcément du meilleur type.
Le Cane Corso est un molossoïde, dont le mâle toise 64 à 68 cm pour un poids de l'ordre de 45 à 50 kilos. La femelle, plus légère et plus longue, a une taille comprise entre 60 et 64 cm. La tête est puissante, mais ne doit en aucun cas être trop lourde. Babines pendantes, rides excessives et fanons sont à proscrire. Le prognathisme doit être très léger. Autre difficulté pour la race, la taille des oreilles. Cette tradition perdure tant que possible, mais la forme qui est donnée doit répondre à des règles précises. Le triangle équilatéral idoine n'est pas toujours respecté. La typicité et l’expression du sujet s’en trouvent altérées. La queue, elle, est écourtée à la quatrième vertèbre. La robe peut se décliner dans une gamme de couleurs très large avec huit coloris reconnus (noir, gris plomb, gris ardoise, gris clair, fauve clair, rouge cerf, fauve foncé ou bringé). Pour compléter la panoplie, les sujets fauves et bringés revêtent un masque noir limité. La présence d'une petite tache blanche sur le poitrail est acceptée, mais elle doit être très limitée. Le poil doit être ras et ne jamais présenter de franges.
Quand on est molosse aujourd'hui, il faut savoir montrer patte blanche. Pas de problème pour le Cane Corso dont le calme et l'équilibre sont légendaires. C'est un gardien, il doit donc être méfiant. Un trait de caractère qui bien sûr n’est pas de la timidité. Il observe, protège son monde en se montrant… sans montrer les dents. Il est avant tout un chien dissuasif. Mais attention, très épris de ses maîtres, il n'hésitera pas à intervenir plus durement en cas de danger, toujours cependant après avoir observé et analysé la situation. Il sait conserver son calme et, en famille, aucun souci, il adore les enfants. Acceptant leurs bêtises, il veille gentiment sur eux et n'a jamais de comportement déplacé même quand leurs jeux sont à la limite du tolérable ! Si le mâle est naturellement plus dominant, le Cane Corso accepte sa position hiérarchique au sein de la meute familiale. Une éducation rigoureuse - pas sévère - permet de vivre en harmonie avec lui, sans qu’il faille craindre les conflits permanents.