C’est le champion international des chiens de race, tour à tour copain complice, chien de défense, sportif émérite ou brillant chien de travail. S'il en fallait un pour incarner la polyvalence, ce serait certainement lui. Mais ce n'est pas toujours simple d'être le numéro Un mondial…
… car au niveau de la race, le meilleur côtoie parfois le pire. Pour un champion, ce sont dix chiens ordinaires et cinquante "ersatz" qui cohabitent. Alors, un Allemand, oui, mais un vrai !
L'histoire du Berger Allemand se confond avec celle des chiens de berger. Depuis que l'homme est passé de la cueillette à l'agriculture, l'homme s'est attaché les services du chien pour garder les troupeaux. Bien sûr, on ne parle pas encore de sélection canine. Les chiens sont choisis en fonction de leurs aptitudes et évoluent selon le milieu où ils sont placés. Ce qui explique que les chiens de berger sont très nombreux, et que leur aspect varie d'une région à l'autre. L'Allemagne n'échappe pas à la règle, et l'on y trouve depuis longtemps des chiens de conduite des troupeaux variés. A la fin du XVIIIe siècle, c'est à peine si l'on distingue parmi eux le type Wurtemberg, dont les oreilles sont portées bien droites, des chiens de Thuringe aux oreilles tombantes, ou des chiens bavarois.
La sélection ne va débuter réellement qu'à l'aube des années 1900, quand il apparaît essentiel de disposer d'une race "nationale". Quelques éleveurs tentent sans grand succès de rassembler les partisans de l'un ou l'autre des bergers locaux. C’est le comte Won Hahn et le capitaine Riechelmann qui vont donner le coup d'envoi à une sélection de qualité en créant le Phylax, première association consacrée aux chiens de berger allemands. Un peu plus tard, le capitaine Max Frédéric Emile von Stéphanitz réussit à dépassionner le débat, en décrétant "Berger Allemand" tout chien de berger qui « vit en Allemagne et qui, grâce à un exercice constant de ses qualités de chien de berger, atteint à la perfection de son corps et de son psychisme, perfection appréciée uniquement sous l'angle de l'utilité ». Sa sélection va se fonder sur des types "Thuringe" mais reste ouverte aux autres. Le premier sujet qui marque réellement une étape décisive est l'un des étalons qu'il achète, Hector v. Linksheim qu'il renomme Horand v. Grafath. Le Livre des origines ouvert par V. Stéphanitz témoigne de l'apport essentiel de cet étalon pour la race. Le capitaine crée également le premier véritable club du Berger Allemand, le Verein für Deutsche Shaferhund, ou S.V., devenu aujourd'hui le plus grand club du monde. En 1899 le standard de race est édité, mettant en avant l'importance du caractère et des aptitudes au travail. Il scelle le destin de la vedette incontestée de la cynophilie, mais ce sont surtout les premiers conflits mondiaux qui font découvrir une nouvelle facette de ce chien d'utilité : beaucoup vont périr après avoir été enrôlés comme chiens de guerre.
Le Berger Allemand, qui à l'époque s'appelle encore Berger d'Alsace, arrive en France. En 1920, Georges Barais, un industriel qui marquera l'histoire de la race, crée la Société du Chien de Berger d'Alsace, un préliminaire à la Société du Chien de Berger Allemand que nous connaissons aujourd'hui.
Aux Etats-Unis, c'est par le cinéma que le Berger Allemand conquiert ses lettres de noblesse. Lee Duncan, un sergent américain, le fait connaître au travers du chien de guerre qu'il a sauvé puis ramené, et que les américains découvriront sur les écrans dans les célèbres aventures de Rintintin.
Faut-il dire que le Berger Allemand est à l'image du chien de berger ou l'inverse ? Sa silhouette est en effet tellement connue que l'on se réfère toujours à lui lorsque l'on parle des autres bergers. Sa forme est typiquement "lupoïde", d'ailleurs pendant longtemps on parlera à son propos de "chien loup". Une taille moyenne, une construction solide, une tête en forme de "coin" avec des oreilles droites bien portées, et un regard perçant. Voilà pour la description de base. Ajoutons que sa ligne de dos est aujourd'hui légèrement plongeante et que la croupe, longue, légèrement oblique, doit se fondre dans l'attache de queue. Cette dernière est portée tombante. La construction du chien est celle d'un trotteur. Les angulations sont importantes sans être exagérées, ce qui lui confère une bonne amplitude du mouvement et des allures harmonieuses.
Sa robe est ordinairement de couleur noire, avec des marques brun rouge, brunes ou jaunes. La tête présente un sympathique masque noir. Mais il possède parfois un fond de robe plus gris. On trouve régulièrement des sujets très clairs, et même des robes entièrement blanches que depuis le début de la sélection on élimine. Seuls quelques amateurs les conservent, les sélectionnent, au point d'être prêts aujourd'hui à faire reconnaître le berger blanc comme une race à part entière. Son poil est double : il se compose d'un poil de couverture aussi dense que possible, droit, rude et bien couché, et d'un sous-poil dense. Le poil long, qui ressurgit régulièrement au sein des portées, est un grave défaut, mais le Berger Allemand bien né possède tout de même une encolure et des culottes nettement plus poilues que le reste du corps.
Le caractère est un élément pris en compte depuis le début de la sélection du Berger Allemand. Le standard de race précise qu'il doit être pondéré, bien équilibré, sûr de lui, absolument naturel, parfaitement inoffensif (sauf quand il est excité), vigilant et docile. Il doit faire preuve de courage, avoir un caractère bien trempé et posséder l'instinct du combat, afin de réunir les conditions qui le rendent apte à être un chien d'accompagnement, de garde, de protection, de service et de travail sur troupeaux. Vaste programme ! Mais il est vrai que l'on peut aujourd'hui considérer que c'est un modèle de réussite. Le meilleur qualificatif à propos du Berger Allemand est la bravoure. Mais toujours à bon escient. Il travaille pour faire plaisir à son maître ou pour le protéger. Mais sans jamais se montrer agressif sans raison. Les sujets trop timides ou même carrément peureux sont impitoyablement éliminés de la sélection. L'épreuve du "coup de feu", systématiquement passée lors de l'examen de confirmation, est à ce titre impitoyable. Et le brevet de travail est obligatoire pour obtenir l'homologation d'un titre de champion de beauté.
On reconnaît au Berger Allemand une intelligence hors du commun : il est doué d'une grande capacité d'analyse et n'agit jamais sans avoir réfléchi à la situation qu'il rencontre. Procédant par mémoire, par analogie ou par interprétation, il est capable de se débrouiller en toutes circonstances, y compris lorsqu'elles sont nouvelles. Son éducation n'est pas si difficile que l'on voudrait bien le croire. Toutefois il n’est pas conseillé aux néophytes de porter leur choix sur un mâle, souvent plus dominant. Avoir recours à un centre d'éducation permet de gagner du temps et d’éviter bien des erreurs.
Le Berger Allemand est un sportif né. Il brille dans de nombreuses disciplines sportives. C'est notamment au travers des activités de "mordant" que l'on peut apprécier toute sa puissance, même si aujourd'hui les conducteurs ont tendance à lui préférer son homologue belge. On trouve de grands champions dans toutes ces activités, qu'il s'agisse de ring, de mondioring, de campagne, de RCI ou de shutzhund… Lorsque l'on veut valoriser son intelligence et sa puissance olfactive, on se dirige également vers des épreuves de pistage, ou vers le campagne. L'agility et l'obéissance sont également des disciplines où sa rigueur naturelle est mise à profit.
Au-delà du sport, le Berger Allemand a également montré ses qualités de chien utilitaire. Chien de guerre, ce n'est certes pas reluisant. Mais c'est aussi un fameux chien policier, chien de défense, ou de recherche utilitaire. On apprécie également son nez pour la recherche de drogues ou d'explosifs. Il sait même se comporter en excellent chien-guide pour les personnes handicapées… Finalement, c'est avant tout sa polyvalence que les amoureux de la race apprécient avant tout.
La grande inquiétude à propos du Berger Allemand est la dysplasie de la hanche. Il est vrai que l'on entend souvent dire que la race y est particulièrement sensible. Il est nécessaire de rétablir à ce propos deux vérités. La première est que les amateurs de Berger Allemand se sont rapidement inquiétés de cette affection et que le dépistage, en place depuis de nombreuses années, a mis en évidence l'existence de cas alors que d'autres races touchées elles aussi, si ce n'est davantage, ne s'en préoccupaient pas. De plus, soulignons que l'on assimile souvent aux Bergers Allemands de nombreux chiens d'apparence de race. Or la politique de sélection qui vise à exclure les sujets atteints n'empêche pas ces chiens de reproduire. Même si la descendance ne peut porter le nom de "Berger Allemand", cette maladie à composante génétique se transmet tout autant.
Autre sujet d'inquiétude, une prédisposition à des problèmes d'insuffisance pancréatique. Il faut malgré tout relativiser la prégnance de cette maladie ; elle n'est pas plus importante qu'ailleurs. Le nombre de cas observés comprend en fait une population de Bergers Allemands plus importante que pour d'autres races.
En pratique, on se rend compte que le Berger Allemand dispose d'un capital santé tout à fait satisfaisant et présente une longévité tout à fait correcte.
Le Berger Allemand ne pose pas de problèmes particuliers d'entretien. Un brossage hebdomadaire est amplement suffisant. Il faut toutefois prévoir un rythme plus soutenu en période de mue. Les bains sont possibles, mais pas systématiquement nécessaires.
L'offre est abondante. Le choix doit se porter vers un éleveur sérieux qui sélectionne ses sujets dans le respect du standard de race, et qui leur fait subir les tests concernant les problèmes héréditaires. Selon l'usage qui sera fait du chien, on se dirigera vers des lignées de travail plus adaptées à la pratique de disciplines sportives ou pas. Les mâles, d'un tempérament souvent plus fort, sont à réserver à un public initié. Dans la portée, le choix se portera vers les chiens au comportement normal, ni trop craintifs ni visiblement agressifs.
Le Berger Allemand séduit par sa polyvalence. De fait, il convient quasiment à tous les types de maîtres. Mais il apprécie particulièrement la vie de famille et a besoin d'activité pour s'épanouir. Le Berger Allemand en appartement, ce n'est pas franchement l'idéal. D'ailleurs, hormis certaines races de compagnie, bien peu supportent une vie trop sédentaire. La vie à la campagne reste l'idéal, même s'il faut se départir de l'image du Berger Allemand gardien du pavillon de banlieue. Il est important de pouvoir pratiquer avec lui des activités. Dans les disciplines de sport canin, ou tout simplement au travers de la course, de la randonnée, du ballon ou des simples balades. Le public du Berger Allemand est finalement assez hétéroclite. D'un côté les passionnés, cynophiles dans l'âme, qui cherchent à aller très loin avec leur sujet d'exception ; de l'autre, les propriétaires ordinaires pour qui leur chien est avant tout une valeur sûre parmi les chiens de famille. Mais rien n'empêche les uns et les autres de cohabiter harmonieusement !