L'élevage du Val d'Anzin est connu sur les cinq continents. Installé à l'orée d'un bois dans les Yvelines, son créateur, Eric Trentenaere est cependant un personnage méconnu qui mérite le détour. Une personnalité forte à l'intérieur comme à l'extérieur des rings devenue incontournable sur le circuit mondial du Berger Allemand.
Non seulement, le Val d’Anzin est l’élevage français le plus titré actuellement mais surtout, très peu d’éleveurs français peuvent revendiquer l’absence d’un Val d’Anzin dans l’ascendance de leurs reproducteurs. Pour les spécialistes, l’élevage du Val d’Anzin tient aujourd’hui la place qu’occupait dans les années 70, le célèbre élevage De Gerbe de Granval créé par Yolande Nebout, qui est à l’origine des principales souches maternelles de l’élevage français contemporain.
Eternellement vêtu de son célèbre jogging aux couleurs de son fidèle sponsor, Purina Pro Plan - marque à laquelle il est fidèle depuis plus de quinze ans – Eric offre le même look qu’à ses débuts en 1980. Les années ne semblent pas avoir de prise sur lui mais l’expérience acquise lui permet d’entrevoir l’avenir avec plus de sérénité. Lorsque vous interrogez les « gens » du Berger Allemand, la réputation d’Eric est telle que vous vous attendez, en arrivant chez lui, à découvrir une vaste installation d’élevage avec des dizaines de reproducteurs. En définitive, son installation est très proche de certains élevages allemands. Il ne compte qu’une vingtaine de chiens, concentrant au m2 un palmarès que peu d’éleveurs européens peuvent revendiquer. Rien que pour la saison 2000/2001, ils ont remporté 6 titres de champions, 5 titres de vice-champions et 4 titres d’Ausleses. Bien qu’il soit généralement peu prolixe, il a accepté de lever le voile sur son parcours et de livrer quelques-uns de ses espoirs et de ses attentes.
Eric Trentenaere : J’ai 37 ans et je suis né à Arras, dans le Pas-de-Calais. J’ai deux frères et deux sœurs et toute ma famille est dans le chien depuis longtemps. Mon père s’était lancé dans l’élevage sous l’affixe Du Beffroi Artésien à l’orée des années 70. Il a débuté avec une chienne issue d’une lignée de travail mais peu intéressante pour l’élevage. C’est alors qu’il a rapidement changé d’option en faisant l’acquisition de deux chiennes et d’un mâle chez Richard Sparta, à l’élevage de Valvygne, en vue de les faire tourner en exposition. Le mâle, né en 1977, s’appelait Naris de Valvygne et il a bien marché puisqu’il s’est retrouvé dans les excellents de tête au championnat de la SCBA (Société du Chien de Berger Allemand) sur un lieu mythique pour les passionnés, l’hippodrome de Vichy. L’une des deux femelles s’appelait Niodie de Valvygne et c’est avec cette chienne que tout a démarré. A l’époque, je n'avais pas encore dix ans et j’aidais quotidiennement mes parents dans leur élevage. Je les secondais sans rechigner, les tâches les plus ingrates m’étant souvent dévolues !
Eric Trentenaere : Mes premiers pas en exposition, c’était il y a longtemps, puisque je n’avais que 8 ans. C’était en Belgique où je remportais mon premier trophée de plus jeune conducteur, au milieu d’éleveurs réputés. Dès lors, ma passion est devenue très claire : je devais me lancer dans l’élevage mais mon âge m’obligeais à patienter encore quelques années. Dès que j’ai eu dix-huit ans, j’ai déposé mon affixe Du Val d’Anzin, un nom évoquant un quartier d’une petite commune du Pas-de-Calais, près d’Arras. La première portée sous mon affixe est née en 1983. Elle comportait une fameuse chienne, Uraya du Val d’Anzin qui devint Championne de France en s’imposant à la Nationale d’élevage et sa sœur Upette. J’élevais à cette époque chez mes parents. Ils avaient un petit élevage, de structure familiale, qui comptait à peine quatre à cinq reproducteurs. Mes parents en avaient fait un véritable hobby familial. Lorsque j’ai atteint l’âge de ma majorité, j’ai pu alors créer mon propre élevage. Je l’ai créé en co-propriété avec ma petite amie de l’époque, qui est devenue une très grande éleveuse.
Eric Trentenaere : Les premières grandes reproductrices de l’élevage furent l’élite Soraya de Valvygne (VA Oblabla de Gerbe de Granval x Oudia de Valvygne), née en 1981 et Risette du Beffroi Artésien, d’un an son aînée. Ces deux chiennes ont sorti cinq Ausleses en l’espace de trois portées, ce qui tout de suite m’a permis de faire connaître mon affixe. Le plus fameux descendant est sans conteste Aurasi du Val d’Anzin (photo ci-contre), né en 1985 et qui est devenu en France l’égal de son père Uran pour l’élevage allemand. En 1991, il alignait un lot de reproduction lors du championnat d’Allemagne, ce qui représentait un véritable tour de force pour un éleveur français. Un de ses frères de portée, Aïko, a été classé 1er excellent lors d’un championnat de France. Tous les grands chiens de mon élevage remontent, pour la majorité d’entre-eux, à ces deux femelles.
Eric Trentenaere : En France, sans conteste, Yolande Nebout. Cette éleveuse de talent avait le sens du Berger Allemand. Son élevage de Gerbe de Granval, installé dans l’Allier, était la référence en France. Beaucoup d’éleveurs lui doivent leurs premiers succès en élevage. Ensuite, quelques années plus tard, je me suis tourné naturellement vers le pays d’origine, l’Allemagne où vivait le « Pape » du Berger Allemand, Walter Martin. Son affixe, Von Der Wienerau, a beaucoup apporté à la sélection moderne. Contrairement à Yolande, Walter était également un grand juge qui avait l’art d’anticiper la carrière d’un grand chien qu’il jugeait dans son ring.
Eric Trentenaere : Je possédais une femelle, Dhorne du Clos de Savoie (photo ci-contre), fille d’Aurasi du Val d’Anzin hors Iada Del Tonduli (petite-fille d’Uran). C’est elle qui m’a mis le pied à l’étrier en Allemagne. Par ses résultats et ses prestations dans un ring, Dhorne était exceptionnelle. L’engouement qu’elle suscitait lorsque je la présentais m’a permis de nouer de fructueux et fréquents contacts avec les plus grands éleveurs allemands. Dhorne s’est très bien classée au championnat du SV, 3ème en classe travail, tandis que l’année précédente elle avait terminé 11ème en classe jeune. Elle a été vendue ultérieurement au meilleur éleveur américain actuel qui se permet de sortir des chiens au championnat d’Allemagne. Aux USA, elle a laissé plusieurs grands chiens dont l’étalon Bravos Von Stephen Haus.
Eric Trentenaere : Oui bien sûr, mais c’est surtout avec le groupe de reproduction d’Aurasi, présenté en Allemagne en 1988. Il comportait 5 de ses filles qui se sont toutes classées, soit dans le premier groupe soit en tête du deuxième groupe. De quoi être convaincu qu’il était possible de faire quelque chose face aux ténors de l’élevage mondial. D’autres chiens de l’élevage sont également partis aux USA comme l’étalon Lenon du Val D’Anzin (photo ci-contre).
Eric Trentenaere : Oui, sans doute, car ne l’oublions pas, le Berger Allemand est une race allemande. Il me semble logique que nous suivions le modèle de sélection du pays d’origine. Ils détiennent le standard, donnent la ligne de conduite quant aux critères de sélection et possèdent encore les grands reproducteurs de demain.
Eric Trentenaere : Uran Vom Wildsteiger Land (photo ci-contre) par la qualité de ses filles au niveau de la reproduction. Ce chien aura marqué l’élevage contemporain, non seulement en Allemagne mais dans le monde entier. En second, Odin Von Tannenmeise (Quando V Arminius x Hasel V Tannenmeise), le seul « non allemand » qui était plus spectaculaire qu’Uran au niveau de la construction. Odin a produit des fils de tout premier plan dont le plus fameux est le champion Jeck Von Noricum. Je ne peux oublier Zamb Von Der Wienerau (Odin V Tannenmeise x VA Ica VD Wienerau), un chien né en juillet 1987 qui a donné quelques chiens de tête mais honnêtement avec moins de régularité que les deux précédents. Je voudrais citer le trio Jeck, Quando Von Arminius et Zamb, mais des trois, c’est Jeck qui prend la tête par la qualité de sa morphologie.
Eric Trentenaere : Un Berger Allemand digne de ce nom doit être parfaitement construit et marcher dans l’axe. Il doit être parfaitement équilibré et bien tenir sur ses quatre pattes ! Le Berger Allemand n’est pas un molosse, c’est un berger. Il doit donc être très équilibré dans sa morphologie afin de donner la pleine mesure de ses moyens dans une discipline, exposition, concours de travail, chien d’utilité. C’est un chien 100% utile et pour cela, il doit être parfaitement mobile. De même, sa sociabilité doit être impeccable aussi bien avec l’homme qu’envers ses congénères.
Eric Trentenaere : Je pense que c’est Gabin du Beffroi Artésien (Zamb von der Wienerau x Eautie du Val d’Anzin, fille d’Aurasi) qui a donné presque autant de bonnes femelles qu’Aurasi sur lequel je travaillais en consanguinité. Il a terminé sa carrière en Italie. Ce chien avait fait également une excellente prestation en classe jeune en Allemagne.
Eric Trentenaere : Très sincèrement, je pense qu’ils ont régressé au niveau de la qualité générale des mâles mais par contre ils se sont largement amendés en femelles avec des sujets d'excellente qualité, ce qui reste déterminant pour l’avenir d’un élevage.