De nombreux jeunes attirés par l’éthologie et les animaux veulent devenir éducateurs canins. Malheureusement, entre les formations sérieuses et les autres, pas facile de choisir la bonne formation. Faisons un point sur ce métier.
Tout d’abord, connaissez-vous la différence entre un éducateur et un dresseur ? Un dresseur apprend à un animal à réaliser des gestes qui ne lui sont pas forcément naturels. En effet, passer entre les poteaux d’un slalom en agility ou lâcher sur commande la jambe d’un homme d’attaque relève plus du dressage. Le dresseur prépare aussi les maîtres et leurs chiens en vue de participer à des compétitions sportives telles que le ring, le mondioring, le RCI, etc. L’éducateur, lui, aide les propriétaires à comprendre et à vivre en bonne intelligence avec leur compagnon. Il explique aux maîtres comment faire pour que leur chien ne saute pas sur les invités lorsqu’il pénètre dans la maison, ne cherche pas à mordre à travers la barrière. Il peut aussi corriger les troubles de comportement d’un chien fugueur ou aboyeur. Et le comportementaliste ? « Cela ne correspond à aucun métier particulier. Comportementaliste est un adjectif qui peut s’ajouter à vétérinaire ou éducateur, il signifie que le professionnel se fonde sur des lois et des observations éthologiques pour résoudre un problème canin. Mais beaucoup, qui se définissent ainsi, sont autodidactes et n’ont pas de diplôme d’éthologie », explique Jean-Jacques Decoq de la Société Francophone de Cynotechnie.
Le problème actuellement, c’est qu’il n’existe pas de formation reconnue pour être éducateur canin. Pour se déclarer éducateur, il suffit de posséder le certificat de capacité imposé par la loi du 6 janvier 1999 et de faire un stage de dix jours de comptabilité. Autant dire que n’importe qui peut le faire ! Quelques écoles privées proposent des formations, parfois par correspondance, assez coûteuses mais ne délivrent aucun diplôme à l’issue de leur formation. Tous les éducateurs canins exerçant actuellement se sont donc formés sur le tas, soit en travaillant seuls avec leurs propres chiens, soit en prenant exemple chez un éducateur reconnu.
Par exemple, Roland Collignon a toujours vécu au contact de Beaucerons, son père étant éleveur. Avec en poche un brevet professionnel agricole, option métier du chien en 1982, il est allé voir comment travaillaient les dresseurs en clubs. Lui-même s’est entraîné sur de nombreux chiens avant de passer sa première publicité. « Eduquer le chien est plus facile que d’enseigner aux propriétaires ! », raconte-t-il. Quelques professionnels conscients de ce manque ont mis en place leurs propres formations. C’est le cas d’Hervé Pupier, dix-huit ans de métier, et formateur depuis quatre ans. Déclaré auprès du ministère du Travail, il veut déposer un dossier au ministère de l’Education pour faire reconnaître ses formations théoriques et pratiques qui s’échelonnent sur huit mois.
L’un des grands professionnels reconnus actuellement est Joseph Ortega qui se définit comme « l’un des fondateurs des bases de l’éthologie canine ». Il est aussi juge de concours d’obéissance et de chiens d’utilité (RCI), écrivain de livres de référence tel « Le guide du chien en ville » ou « Le flair du chien » et formateur en éducation, pistage et comportement pour la Société Francophone de Cynotechnie et la Maison Familiale et Rurale de Brens-Gaillac (81). Son observation des loups sauvages dans les Carpates, en Pologne ou en Espagne, lui a permis de mettre au point une méthode d’éducation très douce et sans contrainte : la méthode naturelle qui va à l’encontre de tout ce qui est enseigné dans les écoles françaises de dressage depuis cent ans. « La mère louve émet un signal aux petits pour qu’ils viennent. Aussitôt, ils se précipitent autour d’elle. Elle régurgite alors de la nourriture pour les nourrir et les récompenser. C’est le rappel ! Pas besoin de brutaliser l’animal, de tirer sur une longe, il suffit d’avoir de la nourriture… », explique Joseph très calmement. Il déplore que 99,9% des gens qui parlent d’éthologie n’aient pas observé de canidés sauvages. Or, dans l’éducation canine, la pratique prime sur la théorie.
Ses conseils à un jeune qui rêve de devenir éducateur ? « Tout d’abord bien s’informer sur les métiers auprès des éducateurs du monde sportif et des professionnels pour bien prendre la mesure de la profession. Etudier le plus possible et se reporter aux livres majeurs. Puis, suivre une formation sérieuse. Enfin, mettre en pratique en éduquant un chien. » Alors vous pourrez vous dire éducateur !
Devant le nombre de formations peu sérieuses qui existent, le Syndicat National des Professionnels du chien (S.N.P.C.) cherche à moraliser et à professionnaliser le métier. En partenariat avec le ministère de l’Education Nationale, il travaille actuellement sur le projet d’une formation Educateur canin, les jeunes qui sortent des M.F.R. ou de l’Ecole Nationale du Chien étant souvent très désireux de se spécialiser dans ce secteur. Les résultats devraient être connus courant 2003 et une première promotion verra peut-être le jour à la rentrée 2003. A suivre…