Où peut-on laisser Rex s’ébattre et rencontrer des copains sans avoir peur des agents ? Où les canisites sont-ils si nombreux que Princesse se soulage tout près de chez elle ? Où les poussettes roulent-elles sans craindre les crottes ? A Chartres !
Sur les pelouses de l’esplanade de la cathédrale de Chartres, pas une crotte ! Et pourtant, quelques chiens s’y promènent avec leur maître. Mais s’ils ont une petite envie, ils filent à vive allure à travers la place, derrière le grand marronnier. Là, ils trouvent un canisite, c’est-à-dire un espace de 20 à 40 m² bien délimité et nettoyé quotidiennement, conçu pour recevoir leurs déjections. En matière de propreté canine, de gestion des satanées « crottes », il y a les villes qui verbalisent à tour de bras et qui sont toujours aussi sales, et celles qui se « pacsent » avec les propriétaires pour le bien-être de tous. Chartres a opté pour la deuxième solution.
En 2001, une nouvelle municipalité arrive à Chartres. Grâce au dépouillement d’une enquête à laquelle ont participé 1300 Chartrains, le problème des déjections est vivement ressorti. Les habitants se plaignent de la saleté de leur ville ; 5000 chiens environ vivent sur cette commune de 41.000 habitants. La mairie décide s’attaquer au problème en créant un groupe de réflexion où tous les acteurs de la ville sont associés, aussi bien les services municipaux des espaces verts et de la voirie que les élus des commerçants, les vétérinaires, les clubs canins, la SPA, les associations d’habitants, les bailleurs…
Dès l’automne 2001, 11 canisites sont implantés dans le cœur de la ville, plus des espaces de liberté et de défoulement pour les chiens, plus une distribution gratuite de canipinces auprès de nombreux commerçants et prescripteurs. Et grâce à l’aide et à la bonne volonté de tous, les résultats sont tout de suite là : des mamans satisfaites car moins de crottes sur les trottoirs, aux pieds des arbres et dans les espaces verts, des propriétaires contents de pouvoir offrir à leur compagnon des jeux sans la laisse, des touristes heureux de regarder les beautés de la ville plus que leurs pieds…
Comment s’y sont-ils pris ? « En suivant les recommandations de l’Afirac, affirme Bernadette Jouachim, maire-adjointe à l’environnement, en écoutant nos administrés, en agissant. » Tout d’abord, il a fallu hiérarchiser le statut de l’espace en établissant des zones bien distinctes : celles où les chiens sont interdits, tous les parcs remarquables, les aires de jeux pour les enfants, celles où le port de la laisse est obligatoire, celles où le chien est libre. Chaque zone a sa signalétique propre. Et sur le panneau d’interdiction, le propriétaire trouve des informations sur la zone autorisée la plus proche. Ensuite, il a fallu cartographier la ville pour choisir les emplacements des canisites le plus efficacement possible et créer ce réseau d’équipements. Et pour les trouver facilement, la mairie édite de petits fascicules par quartier montrant clairement les canisites. Puis le relais a été pris par tous, presse locale et journal municipal compris pour valoriser le geste du ramassage. Chez les pharmaciens, les boulangers, les salons de toilettage, les vétérinaires, les propriétaires trouvent de quoi ramasser proprement. Quant aux non-propriétaires, ils apprennent à respecter ceux qui se penchent au-dessus de la crotte sans afficher un air de dégoût. Enfin, des journées d’animation sur la place de l’Hôtel de Ville ont permis d’expliquer aux enfants et aux passants l’importance du chien dans notre vie en tant que compagnon, auxiliaire de travail, guide afin de redorer définitivement l’image de nos chers toutous.
Au printemps 2003, la ville compte une trentaine d’équipement, plus deux parcs de détente. Mais deux quartiers sont encore à équiper… Sur les onze canisites du centre-ville, la municipalité a calculé qu’elle recueillait 20.000 déjections par an ! Celles-là au moins, on ne marchera pas dedans ! Le 5 juin dernier, devant Marianne, dans la salle des mariages, Jean-Pierre Gorges, maire de Chartres, a signé très officiellement les premières chartes de propreté avec quelques propriétaires civiques et engagés dans le respect de leur ville. Se sont associés à cette signature Jean-Luc Vuillemenot, secrétaire général de l’Afirac, Francis Houdre du Conseil régional de l’Ordre des vétérinaires, M. Duplan, président du Club Canin Chartrain, Serge Bernard, membre du conseil d’administration de la SPA.
Dans cette charte, chacune des deux parties s’engage : la mairie à mettre à la dispositions des Chartrains des « espaces de tolérance » facilitant la promenade avec son animal en liberté, à réaliser et à entretenir un réseau de canisites facilitant la promenade hygiénique, à mettre gratuitement à disposition des canipinces, à organiser des actions de sensibilisation à l’éducation canine, à développer des actions visant à mieux prendre en compte la place de l’animal en ville.D’un autre côté, le maître s’engage à tenir son chien en laisse dans les espaces publics et à ne le promener en liberté que dans les sites prévus, à amener son chien vers les canisites pour se soulager, à ramasser la déjection si le chien fait en dehors du canisite. Pour sceller ce pacte, le maire leur a remis une petite bourse verte et noire servant à avoir toujours sur soi des sacs plastiques pour ramasser !
Avec ce genre d’engagement, gageons que les propriétaires eux-mêmes vont faire respecter la propreté de leur ville et que bientôt, il n’y aura plus une seule crotte laissée négligemment sur le trottoir… Et espérons que tous les maires de France en prendront de la graine…