Projet d’insémination, saillie lointaine coûteuse en frais, ou encore difficultés de reproduction ? L’échographie ovarienne pourrait être une solution d’avenir pour détecter à coup sûr le moment de l’ovulation.
Voici les grandes lignes de l’exposé du Dr Alain Fontbonne, spécialiste de la reproduction, présenté dans le cadre d’une réunion organisée par l’Unité de Médecine de l’Elevage et du Sport (U.M.E.S.), le 27 octobre dernier, sur le thème de la reproduction en élevage canin.
Pourquoi une chienne reste-t-elle vide ? Si l’on exclut l’infertilité de l’étalon, est-elle réellement infertile ou a-t-on simplement programmé la saillie ou l’insémination à un moment inopportun ? « 50 à 80 % des cas d’infertilité sont dus à une mauvaise appréciation du moment de la saillie ou de l’insémination », répond le docteur vétérinaire Alain Fontbonne, spécialiste de la reproduction canine et enseignant à l’Ecole Nationale Vétérinaire de Maisons-Alfort.
En moyenne, les chaleurs reviennent tous les six mois et durent en moyenne 3 semaines. Durant le pro œstrus (d’une durée variable de 3 à …20 jours !), la chienne n’accepte pas le mâle. La phase suivante, l’œstrus (de 1 à 10 jours) se caractérise, elle, par un comportement de recherche de l’étalon. Les premiers moments d’acceptation correspondent au pic de LH (hormone lutéinisante), l’hormone qui déclenche l’ovulation. Stimulés, les follicules ovulent en moyenne 48 heures après le pic de LH. Mais il faut encore attendre 48 heures pour que les ovules soient fécondables. Les lices doivent donc être saillies au minimum deux jours après l’ovulation, sachant par ailleurs que les ovules restent fécondables encore deux jours après l’ovulation. « Il ne faut pas faire saillir trop tôt, par exemple, dès que la femelle accepte le mâle, car si l’ovulation se fait attendre, la vigueur des spermatozoïdes décroît au risque de réduire la prolificité », conseille le docteur vétérinaire Alain Fontbonne. Idéalement, les lices doivent être saillies entre deux et quatre jours après l’ovulation.
Mais comment la détecter à coup sûr ? Avant les années 1980, c’était « la débrouille », avec son lot de bonnes surprises et … d’échecs. D’abord parce que la durée des périodes de pro œstrus et d’œstrus varient selon les chiennes et même selon le cycle pour une même femelle ! Contrairement aux idées reçues, une chienne n’est pas forcément fertile entre le 10ème et le 15ème jour. Ensuite, parce que le fait qu’elle accepte l’étalon pendant 10 jours ne signifie pas qu’elle est fécondable sur toute la période. Enfin, parce que les signes un peu subjectifs tel que la réduction des pertes de sang au moment dit optimal de la saillie, ne sont pas valables dans tous les cas.
Les années 80 virent se généraliser les frottis vaginaux, avant que le premier kit de dosage de la progestérone n’apparaisse en 1991. Ces méthodes, comme d’ailleurs celle qui consiste à mesurer la résistivité du mucus vaginal, sont imparfaites. Prenons l’exemple du dosage de la progestérone, pratiqué après le pic de LH.
On estime en général qu’un taux compris entre 5 et 10 ng/ml indique que la chienne a ovulé. Mais il arrive que certaines lices ovulent à 3 ng/ml…. Reste encore à déterminer le moment précis où la chienne est fécondable. Nous l’avons vu, il se situe environ deux jours après l’ovulation… mais à quel taux de progestérone ? Une étude conduite en l’an 2000 par le CERREC (ENV Lyon) sur 49 chiennes inséminées en semence congelée et fécondées prouve qu’il est impossible de fixer un taux de référence valable universellement. La fourchette est en effet très large puisque sur l’échantillon, deux d’entre elles ont engagé une gestation à respectivement 14 et 40 ng/ml.
L’échographie ovarienne pourrait permettre d’identifier avec plus de précision le moment de l’ovulation et de programmer une insémination dans un délai de deux à quatre jours. Pour donner des résultats fiables, l’échographie doit être pratiquée, à partir du moment où le taux de progestérone commence à grimper (ou pic de LH), plusieurs jours d’affilée au moins une fois par jour, jusqu’à l’ovulation, voire après. « Cette méthode apporte un réel progrès. C’est la seule qui permet de voir en temps réel ce qui se passe dans les ovaires (troubles de l’ovulation, existence de kystes,…) et autorise le comptage des follicules sur une chienne âgée pour laquelle on peut décider, le cas échéant, de ne pas engager de frais de saillie ou d’insémination», ajoute-t-il. Elle n’est pour le moment pratiquée qu’à titre expérimental à l’Ecole Nationale Vétérinaire de Maisons-Alfort et au Centre d‘Etudes et de Recherche en Reproduction et Elevage Canin (C.E.R.R.E.C.-ENV Lyon). Son potentiel devrait en faire un outil de plus en plus répandu dans les cabinets vétérinaires, notamment par les spécialistes de l’imagerie médicale.