Si le Royaume-Uni, la France, et les Pays-Bas ont fait la une des médias lors de la résurgence de l’épizootie de fièvre aphteuse, d’autres pays n’ont visiblement pas été épargnés.
L’OIE, l’Organisation mondiale de la santé animale, vient de rendre public son rapport sur la situation zoosanitaire mondiale en 2000, à l’occasion de la 69e Session générale annuelle du Comité international. Cette session s’est tenue à Paris du 27 mai au 1er juin 2001. Environ 500 personnes représentant 140 pays ou territoires, 11 organisations intergouvernementales ainsi que de nombreux autres organismes étaient présents. Six Ministres de l’Agriculture (Bulgarie, Colombie, Liban, Somalie, France et Uruguay) ont participé.
Dans le cadre de ce rapport, qui décrit les événements épidémiologiques les plus importants survenus dans le monde en 2000, le point est fait sur la fièvre aphteuse. La présente analyse est fondée sur les informations transmises par les Pays Membres et non membres de l'OIE jusqu'au 20 avril 2001.
En 2000, aucun foyer de fièvre aphteuse n'a été signalé en Algérie, au Maroc ou en Tunisie, pays qui avaient connu une épizootie en 1999.
Des foyers de fièvre aphteuse sont apparus dans un nombre important de pays du continent africain, sans que les sérotypes de virus en cause aient été systématiquement identifiés. Comme pour les années précédentes, les résultats de laboratoire disponibles montrent que les sérotypes O, SAT 1 et SAT 2 circulaient dans plusieurs pays tandis que le virus C n'a été trouvé qu'au Kenya.
En Egypte, où le dernier foyer de fièvre aphteuse datait de décembre 1997, un foyer de la maladie a été signalé en juin 2000 dans le gouvernorat de Fayoum.
Au Malawi, après une absence d'un an, la maladie est apparue en mai 2000 dans le district de Mzimba, situé au nord-ouest du pays.
En Zambie, trois foyers, l'un situé dans le nord et les deux autres dans l'ouest du pays, ont résulté de déplacements transfrontaliers de bovins.
En Namibie, où la maladie n'avait pas été signalée depuis 1994, un foyer, dû au sérotype SAT 1, est apparu en août 2000 dans le district vétérinaire de Katima Mulilo (Caprivi oriental). Cette zone étant considérée comme infectée de fièvre aphteuse, la vaccination prophylactique y est pratiquée annuellement. La maladie a été combattue en soumettant à la vaccination les bovins présents autour du foyer et en contrôlant les déplacements du bétail.
En Afrique du Sud, un foyer de fièvre aphteuse dû au sérotype O est apparu dans une exploitation de la province du Kwazulu-Natal en septembre 2000 entretenant des porcs. C'était la première fois que le sérotype O était découvert en Afrique du Sud, et aussi la première fois qu'un foyer de fièvre aphteuse apparaissait hors de la zone de contrôle de la fièvre aphteuse depuis 1957. Les recherches entreprises immédiatement ont révélé que des porcs avaient été nourris illégalement avec des eaux grasses fournies par un navire en transit dans le port de Durban. Toutes les exploitations situées dans un rayon de 10 km autour de l'exploitation atteinte ont été mises en interdit et une zone de surveillance d'un rayon de 20 km a été mise en place autour de la zone de restriction, dans laquelle des mesures de police sanitaire ont été instituées. Ultérieurement, des animaux infectés ont été trouvés dans deux autres exploitations ainsi que dans une aire communautaire. Une procédure d’abattage sanitaire a été mise en place dans les exploitations atteintes, et les animaux se trouvant dans un rayon de 3 km autour des exploitations infectées ont également été abattus. En décembre 2000, la poursuite de la politique d’abattage a été remise en question ; il a été décidé de l'abandonner et d'appliquer une vaccination limitée à un rayon de 15 km autour du foyer.
En novembre 2000, le sérotype SAT 1 a affecté 8 bovins dans un lot de 110 animaux introduits dans l'abattoir de Matsapha (près de Manzini) au Swaziland ;ces animaux provenaient de la province sud-africaine de Mpumalanga. Tous les animaux importés ont été abattus et leurs cadavres enfouis sous surveillance vétérinaire. Aucune contamination des troupeaux locaux n’a résulté de cet incident survenu dans un abattoir. Une enquête a été immédiatement diligentée en Afrique du Sud dans l'exploitation d'engraissement de bovins et de porcs du district de Middelburg (province de Mpumalanga) d’où provenait le lot. Des lésions ont été décelées chez 30 bovins. Les examens pratiqués à partir des prélèvements recueillis sur ces animaux ont confirmé la présence du virus de la fièvre aphteuse de sérotype SAT 1. C'était la première fois depuis 1957 que la présence de ce sérotype était constatée hors de la zone de contrôle de la fièvre aphteuse en Afrique du Sud. Le séquençage a montré que le virus SAT 1 en cause était similaire à celui circulant chez les buffles d’Afrique vivant au sud du Parc national Kruger. A l'intérieur de la zone de contrôle de la fièvre aphteuse, l'infection a été confirmée le 15 décembre 2000 à partir de prélèvements effectués dans trois exploitations. Dans deux de ces exploitations, l'infection a été détectée, sous une forme inapparente, chez des bovins indigènes ; dans le troisième élevage, des signes cliniques ont été constatés chez cinq animaux. Un programme de vaccination d’urgence a été mis en place dans la zone atteinte.
Au Swaziland, la fièvre aphteuse n'a pas concerné que des animaux importés en 2000 : après que les mesures de surveillance eurent été renforcées dans toutes les aires de détiquage du pays, la maladie (également due au sérotype SAT 1) a été décelée dans deux aires de détiquage (Macakula et Nhfolu) au nord de la région de Lubombo en décembre 2000. Le foyer se situait à l'intérieur de la zone tampon existante. Les informations recueillies auprès des agents de surveillance du cordon sanitaire ont révélé qu’au cours des semaines précédentes les clôtures de celui-ci avaient été forcées à plusieurs reprises, conduisant à suspecter des déplacements transfrontaliers illégaux d’animaux. Des zones de quarantaine et de surveillance ont été délimitées. Une vaccination des bovins, des ovins et des caprins au moyen du vaccin trivalent SAT 1, 2 et 3 a été entreprise dans la zone "à haut risque" (de 10 km de rayon) de la zone de quarantaine.
Les pays d'Amérique du Nord, d'Amérique centrale, les Antilles, les Guyanes, le Chili et la zone nord-ouest du département du Choco en Colombie sont restés indemnes de fièvre aphteuse sans vaccination.
En l'Argentine, dix bovins importés illégalement d'un pays voisin ont été découverts en août 2000 dans un élevage communal de la province de Formosa situé près de la frontière. En application de la réglementation en vigueur, ces animaux, avant d'être abattus, ont été soumis à un prélèvement de sang pour le dépistage sérologique de la fièvre aphteuse. Le résultat fourni par le laboratoire s'est avéré positif pour quatre d'entre eux. Chez un de ces animaux, l'épreuve de la curette œsophagienne a conduit à l'isolement d'une souche virale de sérotype A. A titre de précaution, l'abattage sanitaire a été appliqué à la totalité des animaux hébergés dans l'élevage communautaire, et les 13 lots d'animaux qui, au cours de cette période, avaient été expédiés depuis la zone frontalière de la province de Formosa vers le reste du pays, ont fait l'objet d'un dépistage et d'un suivi. Le dépistage a conduit à l'obtention de résultats sérologiques positifs chez deux bovins d'une ferme située dans la province de Corrientes et un bovin dans une ferme de la province d'Entre Rios. L'abattage sanitaire a été appliqué à ces bovins et aux animaux vivant à leur contact. Une zone de surveillance a été mise en place dans la province de Formosa ainsi que dans les parties des provinces de Corrientes et d'Entre Rios considérées à risque. Il a été décidé d'interdire sur l'ensemble du territoire national les déplacements pour hivernage d'animaux sensibles à la fièvre aphteuse. Les prélèvements effectués dans le cadre d'une enquête sérologique mise en œuvre dans tout le pays en vue de vérifier sa situation sanitaire, ont donné des résultats négatifs.
En mai 2000, le Brésil a décidé l'arrêt de la vaccination contre la fièvre aphteuse dans les Etats de Rio Grande do Sul et Santa Catarina. Ce même mois, une zone de ce pays comprenant plusieurs Etats (District Fédéral, Goiás, Mato Grosso, Minas Gerais, Paraná et São Paulo) a été reconnue "indemne de fièvre aphteuse où est pratiquée la vaccination". Dans l'Etat de Rio Grande do Sul, 22 foyers de fièvre aphteuse dus au virus O ont été recensés de juillet à septembre 2000 dans de petites propriétés, ce qui a conduit à l'abattage des animaux dans les foyers et les propriétés limitrophes (659 propriétés au total) et à la destruction de leurs cadavres. En conséquence, la zone comprenant les Etats de Rio Grande do Sul et de Santa Catarina a vu son statut de "zone indemne de fièvre aphteuse où est pratiquée la vaccination" suspendu.
En Colombie, un foyer de fièvre aphteuse (virus de sérotype O) a été signalé en août 2000 dans la commune de Necocli (département d'Antioquia), située dans une zone que la Colombie souhaitait ajouter à sa zone déjà reconnue par l'OIE "indemne de fièvre aphteuse où la vaccination n'est pas pratiquée".
Aucun foyer de fièvre aphteuse n'est apparu au Paraguay. Ce pays, qui est classé par l'OIE, depuis mai 1997, dans la catégorie des "pays indemnes de fièvre aphteuse où la vaccination est pratiquée", avait cessé de vacciner contre la fièvre aphteuse en juillet 1999. En août 2000, le gouvernement de ce pays a déclaré l'état d'alerte épidémiologique dans les territoires frontaliers, et ce à titre préventif, afin de prévenir l'introduction de la maladie. Une vaccination stratégique contre la fièvre aphteuse a été mise en œuvre dans les territoires bordant l'Argentine et le Brésil.
En Uruguay, un foyer de fièvre aphteuse, dû à une souche virale de sérotype O, est apparu en octobre 2000 dans une exploitation d'engraissement du département d'Artigas (nord du pays). L'origine probable de l'infection était une truie qui aurait été infectée à la suite de la consommation d'aliments d'origine animale. Suite à cette découverte il a été décidé de procéder à l'abattage sanitaire de la totalité des animaux sensibles de la zone focale délimitée. En novembre 2000, les résultats de l'enquête clinique et sérologique réalisée dans le pays, et plus particulièrement dans la zone de surveillance du département d'Artigas, puis la mise en place d'animaux sentinelles dans ce département en décembre 2000, ont démontré l'absence de circulation du virus de la fièvre aphteuse.
Au Kazakhstan, 11 foyers dus aux sérotypes O et A ont été signalés au cours du premier semestre 2000. Au Tadjikistan, deux foyers dus au sérotype O sont apparus en juin.
En Corée, où la maladie était absente depuis 1934, une épizootie de fièvre aphteuse s'est produite en mars et avril 2000. Elle a concerné 15 élevages répartis dans trois provinces du pays. L'analyse de la séquence d'ADN du virus de sérotype O isolé a permis de constater que le gène de la protéine VP1 de ce virus présentait une similitude étroite avec celui des souches O/TAW/1/99 et O/Kinmen/TAW/99. L'abattage sanitaire a été pratiqué dans les fermes atteintes et celles situées aux alentours (soit un total de 181 fermes et 2 223 animaux). Compte tenu de la sévérité des symptômes observés chez les bovins, le bétail présent dans les zones de protection délimitées autour des foyers a été vacciné en urgence (près de 600 000 animaux vaccinés dans 11 052 fermes). En l'absence d'autres foyers, les mesures de restriction des déplacements qui avaient été imposées ont été levées en mai 2000.
En mars 2000, un foyer de fièvre aphteuse, dû à une souche virale de sérotype O, a été confirmé au Japon, dans une ferme de la préfecture de Myazaki (île de Kyushu). Dans ce pays, l'épisode précédent remontait à 1908. En avril et en mai, la maladie a été détectée dans trois autres fermes (deux dans la préfecture de Myazaki, et une autre sur l'île d'Hokkaïdo). En septembre 2000, plus de trois mois s'étant écoulés depuis l'observation du dernier cas et la mise en œuvre de l'abattage sanitaire, et la surveillance sérologique n'ayant révélé aucune circulation du virus de la fièvre aphteuse, le Japon a recouvré son statut de "pays indemne de fièvre aphteuse où n'est pas pratiquée la vaccination".
En Mongolie, qui n'avait pas connu d'épisode de fièvre aphteuse depuis 1973, la maladie est réapparue en avril 2000 dans la province de Dornogovi. Vingt-six troupeaux comprenant des bovins, des petits ruminants et des chameaux ont été atteints. L'analyse de la séquence d'ADN du virus de sérotype O isolé a permis de constater que sa protéine VP1 était similaire à 98,2 % à celle de la souche O/Taïwan/99, et à 97,2 % à celle de la souche O/Russie/2000. Tous les animaux malades ont été abattus et leurs cadavres détruits, et une vaccination en anneau a été pratiquée. Les derniers cas ont été rapportés en juin 2000.
En République populaire de Chine, des foyers de fièvre aphteuse ont été signalés seulement dans la Région administrative spéciale de Hong Kong.
A Taipei China, six foyers de fièvre aphteuse ont été signalés en 2000 : trois dans des élevages de bovins, deux dans des élevages de caprins et un chez des porcs dans l'enclos d'un abattoir. Le virus de sérotype O a toujours été la cause de ces foyers. L'abattage sanitaire et la vaccination continuent d'être appliqués dans ce pays comme mesures de contrôle.
En mai 2000, l'OIE a inclus l'Ukraine dans la liste des "pays indemnes de fièvre aphteuse où n'est pas pratiquée la vaccination".
En Arménie, des foyers de la maladie sont apparus en juillet et août 2000. En Géorgie, 21 foyers ont été signalés, dont un seul dû au virus de sérotype O et les autres au virus de sérotype Asia 1.
En Grèce, des foyers de fièvre aphteuse dus au sérotype Asia 1 sont apparus en juillet 2000. Douze foyers ont été signalés dans la préfecture de l'Evros et deux dans celle de Xanthi. Pour juguler cet épisode, la Grèce a appliqué une politique d’abattage sanitaire sans recours à la vaccination.
Dans la région de Thrace en Turquie, une campagne de vaccination a été réalisée à l'automne 2000 en utilisant un vaccin trivalent (O, A, Asia 1).
En Russie un foyer de fièvre aphteuse est apparu en avril 2000 chez des porcs élevés dans le territoire de Primorski (extrême est du pays). Le virus de sérotype O isolé appartenait au groupe panasiatique.
En 2000, la fièvre aphteuse a continué de sévir de manière enzootique dans la plus grande partie du Moyen-Orient.
Le virus de sérotype SAT 2 a été isolé pour la première fois dans la région. Le Laboratoire mondial de référence de l'OIE pour la fièvre aphteuse a mis en évidence ce sérotype dans des prélèvements collectés en avril et mai 2000 dans une ferme laitière située en Arabie saoudite. Ce sérotype n'était pas inclus dans les vaccins utilisés par ce pays ou par les pays voisins. En juin 2000, le Koweït a rapporté des cas de fièvre aphteuse chez des ovins nomades provenant d'un pays voisin ; le virus de sérotype SAT 2 a, là encore, été isolé.