Ce voyage est le premier d’une série qui devrait permettre de sauver plus de chiens espagnols.
Lévriers en Détresse est une association fondée voici maintenant cinq ans pour porter secours aux lévriers partout où ils sont maltraités. Le sort des galgos espagnols est à l’origine de la création de LeD en juin 2000. Depuis, Lévriers en Détresse est intervenu en Italie et en Irlande pour sauver des greyhounds de course de la mort. En France, l’association intervient également pour trouver des familles adoptantes pour des lévriers abandonnés.
Nous prenons la route vers Barcelone. Direction Narbonne, puis le poste frontière de La Jonquera et enfin nous apercevons les premiers panneaux qui nous indiquent Vic, ville près de laquelle se trouve la pension qui a accueilli les galgos. Les chiens, venus de différentes régions espagnoles sont accueillis dans cette structure et leur séjour est financé par une association anglaise. La signalisation est en espagnol et en catalan, l’Espagne est un pays éclaté en régions autonomes, ce qui ne facilite pas les choses, en particulier pour ce qui concerne la législation ou l’identification des chiens.
A part les panneaux, rien n’indique que nous avons quitté la France. L’autoroute développe la même monotonie dans la grisaille. Avant Vic nous allons obliquer vers la montagne. La pension où nous allons chercher huit galgos est en pleine montagne. Pep, le vétérinaire qui gère l’établissement et reçoit les chiens qui lui sont confiés par l’association anglaise Greyhounds In Need, nous attend au bord de la route. Le chemin qui mène à la pension est digne du Paris Dakar et nous comprenons vite pourquoi il a un 4X4 ! La dernière partie est sommairement bétonnée, mais très étroite et avec des virages… qui tournent … vraiment !
Nous dépassons une grosse maison traditionnelle et nous arrivons sur un terrain pentu où ont été construits des boxes pour les galgos. Ils sont peut-être vingt-cinq ou trente, dans des espaces bétonnés. Nous garons les deux véhicules et nous dirigeons vers les chiens. Ceux qui doivent partir en France ont été isolés et ils portent, accrochée à leur collier, une immense étiquette indiquant leur nom. Pep a préparé les dossiers des galgos qui partent avec nous. Chacun a été pucé et ils ont tous un Passeport européen pour animaux de compagnie. Les chiens sont excités, ils sentent bien qu’il se passe quelque chose. Un par un, ils sont sortis des enclos. La première à partir est Violetta, elle est belle, fine et très affectueuse.
Vient le tour de Kahn, avec sa tête blanche et son corps bringé, puis de Cuco, ensuite ce sont les autres, Juanita, Bunty, Kazan, le croisé sloughi, et enfin Katia et Gordi, deux galgas noires et blanches, au poil dur. Katia est réservée, voire un peu craintive, Gordi est plus puissante et plus épanouie. Les quatre premiers rejoignent la voiture de LeD où nous avons préparé des couvertures pour le transport. Les quatre autres s’installent avec Wilfrid. Ils vont retourner avec lui dans la région Midi-Pyrénées, respectivement au refuge SPA de Castres et au chenil municipal d’Albi que nous avons visité la veille.
La municipalité d’Albi est en pointe dans ce domaine. Elle a entrepris de développer le chenil municipal, qui dépendra prochainement d’une agglomération de communes, et souhaite coopérer avec des associations pour accroître l’aspect protection animale de son projet. Nous avons déjà commencé à travailler avec le chenil en organisant l’adoption de Personne (devenu Hugo), un lévrier qui s’était retrouvé à la rue et dont vous avez pu lire la saga sur notre site. Cette opération ponctuelle n’est qu’un début, le chenil va désormais recevoir des lévriers de LeD en transit en attente d’adoption. Pour commencer ce sera un seul, mais les projets de développement du partenariat sont déjà là. C’est la première fois que LeD va entamer une coopération pratique avec une ville et nous saluons comme il se doit la décision de la mairie. Dans les boxes, les autres galgos nous fixent du regard. Tous sont beaux et leurs regards expriment la douceur ou la crainte, mais jamais la moindre agressivité.. Ils sont en attente d’un transport. Nous avons le cœur gros. Ils sont beaux et gentils que nous aimerions tous les emmener, mais il faut savoir être raisonnable, d’autant que certains doivent partir en Belgique.
Après avoir vérifié les papiers, nous nous apprêtons à partir quand Wilfrid nous fait part de son émotion. Il a craqué pour une petite galga noire qui a un étrange enfoncement sur le front. Pep nous renseigne. Elle a reçu un coup de marteau !La bêtise et la cruauté ne semblent pas avoir de limites… Ce sont donc neuf galgos qui prennent le chemin de la France. Le temps est de plus en plus mauvais et le brouillard s’est épaissi. Les longs viaducs qui ponctuent la route semblent émerger de la brume comme de grands fantômes décharnés. Comme à l’aller la frontière est une fiction, nous ralentissons et passons sans encombre. Coté français un douanier jette un coup d’œil atone vers la voiture, son attention a été attirée par notre nom. Il ne dit rien, ne nous demande rien. Pourtant nous avons quatre chiens dans la voiture… Idem pour Wilfried. Nos routes vont se séparer dans quelques dizaines de kilomètres, Wilfrid retourne sur Albi, nous, nous allons remonter la vallée du Rhône. Direction le refuge de Gerbey, près de Vienne.
L’autoroute suit le littoral Languedocien et nous passons Montpellier. Nous sommes partis d’Espagne plus tard que prévu et nous ne pourrons être au refuge avant la nuit. Les galgos dorment. Ils sont d’un calme exceptionnel. Violetta, qui a pris place sur la banquette arrière regarde la route et vient quémander des caresses. Finalement, il est près de minuit lorsque nous arrivons devant le refuge. Nous nous arrêtons sur la place d’un village proche où se trouvent déjà deux camping-cars. Les lévriers sont heureux de se dégourdir les pattes une nouvelle fois. Pause pipi, un peu d’eau, quelques croquettes, mais peu mangeront. Et on remonte en voiture. Tout le monde va dormir dans le véhicule, heureusement spacieux et confortable ! Le refuge ouvre vers huit heures.
Nous arrivons au refuge. Une grosse maison bien rénovée, des arbres, du terrain, des espaces bien entretenus. Dans le pré, nous apercevons des chevaux. Christophe est un jeune directeur, il habite là avec Lucie, son épouse. Nous installons nos voyageurs dans les boxes qui entourent un terrain herbeux. Au passage, chacun marque son passage. Les cours donnent chacune sur un abri chauffé. Nous sommes dans l’Isère, tout de même !
En début d’après midi nous rencontrons Mme Grand, présidente de l’association gestionnaire du refuge. Elle et son époux ont créé ce refuge et l’ont financé. Nous discutons paperasses. Chaque nouveau partenariat est une découverte mutuelle. Très vite, chacun se rend compte que nos manières de travailler se ressemblent étrangement ! Normal, nous sommes habités par les mêmes nécessités et la même volonté de protéger les animaux qui nous sont confiés. En fin d’après-midi nous quittons le refuge (La Charité n’est pas tout près…), rassurés et heureux d’avoir rencontré, au cours de ces deux jours, des gens avec lesquels nous avons envie de continuer à travailler, avec sérieux et en partageant des idéaux communs.
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