Devant les menaces d’interdiction d’élever de plus en plus de races d’animaux domestiques, les éleveurs réunis au sein de l’association ProNAturA réagissent en organisant une réunion à Paris, le dimanche 2 juin 2002. Voici leur communiqué.
Avant de quitter son poste de Ministre de l’Agriculture, Jean Glavany a annoncé la ratification par la France de la Convention Européenne pour la Protection des Animaux.Si une réflexion conduisant à une protection juste et équilibrée des animaux était nécessaire, la radicalisation et les dérapages successifs de nombreux mouvements dits « de protection animale » sont devenus une lourde menace pour les éleveurs et à moyen terme pour la société et les animaux eux-mêmes.
La protection animale est-elle une notion univoque ? Abreuvée de documentaires animaliers qui présentent toujours une nature douce et idéale, cette idée s’impose comme une évidence à l’opinion publique. Pourquoi n’y aurait-il pas plusieurs visions de la protection animale ? Une autre vision de la protection animale est possible et même vivement souhaitable : une vision non anthropomorphiste de la protection animale.Si la convention citée plus haut n’avait pas été ratifiée pendant une aussi longue période : ce n’était pas un hasard. Nombreux avaient été les scientifiques, vétérinaires et spécialistes de l’élevage amateur ou professionnel à avoir attiré l’attention des pouvoirs publics successifs sur les dangers et le caractère irrationnel ou/et fortement discutable de certaines de ses dispositions, notamment le fait que cette convention met en application les thèses de l’ « écologie profonde » sur les soi-disant « races torturées ».
Dans son discours, Jean Glavany a repris une des phrases de nos adversaires : « la sélection devra éviter la transmission de défauts génétiques pouvant altérer le bien-être ou la santé des animaux de compagnie. ».Il va arriver en France ce qui arrive en Allemagne : la branche fondamentaliste des écologistes s’est battue pour qu’un maximum de caractéristiques physiques - plumes sur les pattes, huppe, yeux rouges, pattes courtes, barbes pour les oiseaux, fourrure opulente, pattes courtes ou face plates pour les chiens et les chats, …- soient qualifiées de défauts génétiques.
Aujourd’hui, les « critères de souffrance », c’est-à-dire les soi-disant « défauts génétiques » sont tellement larges que 70% des races rares ou anciennes de volailles et un nombre de plus en plus grand de races de chiens et de chats vont disparaître.
Nous savons que de nombreux scientifiques, chercheurs et vétérinaires n’acceptent pas cela, mais ils n’osent parler car il faudrait qu’ils puissent le faire au nom d’une demande sociale.Il est incroyable que les théories de quelques extrémistes puissent s’imposer à une majorité, parce que celle-ci reste silencieuse.
Les éleveurs amateurs sont très nombreux en France, sans compter les quelque 8 millions de foyers français qui ont des poissons ou des oiseaux et qui sont considérés comme des délinquants, car non titulaires d’un certificat de capacité, même si les espèces qu’ils possèdent sont hyper courantes et reproduites par milliers chaque année.En raison de la dernière réglementation sur les transports d’animaux, qui a conduit de très nombreux transporteurs à ne plus les accepter dans leurs camions, de nombreuses catégories d’éleveurs amateurs sont en train de s’asphyxier.
Le seul moyen de nous en sortir est de ne pas laisser l’étiquette de « protecteurs » à nos adversaires et de les laisser définir seuls ce que doit être la protection animale, notamment désormais au sein des comités départementaux de protection animale.Les dirigeants des grandes associations ont décidé de créer, comme en Allemagne, une fédération, qui par son poids électoral et sa rigueur scientifique, pourrait promouvoir notre conception de la protection animale : une protection non anthropomorphiste. Elle est fondée sur des textes de référence que nous serons heureux de vous communiquer, et sera dotée d’un conseil scientifique au sein duquel nous serons heureux de vous accueillir.
Nous avons déjà prévu plusieurs actions, notamment nous appuyer sur le dernier rapport de la FAO (ONU) qui a souligné la valeur et l’importance de notre travail de sauvegarde de la variabilité génétique et de lancer l’opération « Trois années pour sauver la biodiversité domestique » afin de le faire connaître à l’opinion publique grâce à une série d’articles dans les grands médias.
- Etude juridique des nouvelles menaces portées par la ratification de la Convention Européenne de Protection des Animaux du Conseil de l’Europe, avec l’introduction du débat sur les soi disant « races torturées ».
- Examen de la situation dans les autres pays de l’interdiction des « races torturées ». (chiens, chats et autres animaux). Examens des caractéristiques de ces races.
- Examens des soi-disant mutilations : éjointage, coupe de la queue et des oreilles.
- Examen du poids et de la représentation de nos adversaires auprès des instances européennes.
- Point sur les contacts avec les dirigeants des autres pays membres de l’Union Européenne.
- Projet de Fédération européenne des éleveurs, ProNaturA Europe.
- Point sur les nouveaux problèmes rencontrés par les éleveurs (transports, vaccinations, tenues des expositions).
- Opération « trois années pour sauver la biodiversité domestique » :
- Point sur les actions déjà lancées (articles, recensement des effectifs par espèces et par races), préparation d’une brochure d’information).
Réflexions sur de nouvelles actions
- coordination avec le Bureau des Ressources Génétiques et le réseau « races locales ».
- Actions à lancer vis-à-vis des Régions et Collectivités locales pour la revalorisation des animaux domestiques (ou non domestiques) en voie de disparition.
- Programmes d’élevages européens dans le cadre de la nouvelle législation sur la détention des animaux dits non domestiques.
- Préparation du site Internet « ProNaturA France » et coordination des autres sites. Il est demandé aux spécialistes de réfléchir déjà à l’arborescence souhaitée pour ce futur site.
- Point sur le Conseil scientifique. Et si possible mise en place de celui ci.Il est demandé aux présidents des associations de bien vouloir inviter à cette réunion les scientifiques membres de nos rangs (vétérinaires, professeurs, juristes, etc.), qui connaissent nos arguments et textes de référence et qui sont prêts à nous aider et/ou à débattre.
- Point sur les adhésions et préparation du mouvement au niveau européen.
-Questions diverses.
Tous les éleveurs ont la même passion. Tous les dirigeants des associations d’éleveurs, y compris au niveau européen, sont très décidés à réagir maintenant. Ne manquons pas cette chance. La présence des éleveurs d’animaux de toutes espèces est indispensable !
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