Non, nous ne sommes pas au Salon de l’Agriculture, mais au Salon du Livre. Et pourtant, c’est bien à une conférence sur le bien-être des animaux de rente - on disait de ferme, autrefois - que nous a conviés l’INRA, ce mercredi 21 mars 2001.
Non, nous ne sommes pas au Salon de l’Agriculture, mais au Salon du Livre. Et pourtant, c’est bien à une conférence sur le bien-être des animaux de rente - on disait de ferme, autrefois - que nous a conviés l’INRA, ce mercredi 21 mars. Comme si les catastrophiques épidémies d’ESB ou de fièvre aphteuse qui touchent durement le monde agricole permettaient, enfin, d’évoquer dans un débat public les questions relatives à la condition des animaux d’élevage dans le système de production industrielle occidental.Florence Burgat et Pierre le Neindre, chercheurs à l’Institut de la Recherche Agronomique, nous ont présenté chacun leur approche, différente mais complémentaire.
Florence Burgat, docteur en philosophie, est l’auteur d’une thèse consacrée à la définition de l’animalité. Elle est responsable de travaux sur le bien-être des animaux de rente.Pierre Le Neindre, docteur en éthologie, est président du comité scientifique Santé et Bien-être Animal de la Commission européenne.Cette conférence permet d’ouvrir un dossier complexe qui va bien au-delà de la « simple souffrance animale », et que nous allons enrichir dans les semaines à venir.
Le bien-être animal est une problème complexe, mis en avant aujourd’hui dans les consciences par les événements récents dont le monde agricole est victime, qui pose la question de la légitimité de l’appropriation que les hommes font des animaux. Cette légitimité dépend de la représentation qu’une société a de l’animal et de la perception des systèmes d’élevage. Les données sur le sujet son peu nombreuses, mais les dernières informations montrent une très large réprobation. 95,2% du public estime que les animaux n’ont pas assez d’espace et 80,5% que les mutilations son inadmissiblesLe débat d’aujourd’hui reprend les deux grandes conceptions du statut de l’animal et de la notion d’animalité.Dans la première,seuls les êtres doués de raison sont dignes de respect. Sur ce critère, les animaux sont exclus de la « communauté morale » et leur souffrance n’est pas à forcément un critère essentiel.Dans la deuxième,la notion d’êtres sensibles, capables à ressentir de la douleur et du plaisir, s’ajoute aux seuls critères de capacités cognitives, intellectuelles ou spirituelles pour donner à l’animal son statut d’être respectable.Il y a une évolution très sensible depuis une dizaine d’années de la perception de la condition des animaux d’élevage, qui tend plus à la critique du système lui-même, comme générateur de souffrance. Outre la mise en place d’une réglementation de plus en plus stricte, les initiatives individuelles ont toujours de la valeur. Comme en Angleterre, on pourrait même envisager des mesures d’étiquetage sur les produits qui indiqueraient aux consommateurs que les animaux ont été élevés de manière respectable ».
Il existe plusieurs manières d’aborder la question du bien-être des animaux de rente.A côté de l’aspect philosophique, il faut considérer les versants éthologiques, génétiques et réglementaires. Les animaux de ferme, appelés aujourd’hui plus volontiers animaux de rente, ont tous en commun d’être utilisés pour les produits qu’ils fournissent : lait, viandes, cuir, laine… Si l’élevage industriel est aujourd’hui sur la sellette, il ne faut pourtant pas croire que l’élevage d’antan était parfait du point de vue du bien-être de l’animal. C’est surtout la taille des exploitations qui pose problème. A titre indicatif, un lot de poulet c’est 20 000 oiseaux. Ce gigantisme est le résultat de la recherche du meilleur coût de production. Mais à quel prix pour l’animal ?
Notre travail consiste à mesurer les besoins physiologiques et sociaux de l’animal pour lui assurer une qualité de vie correcte, puis à établir une législation adaptée. Au-delà des initiatives individuelles, le comité scientifique Santé et Bien-être de la commission européenne s’est déjà penché sur les dossiers les plus sévères - veaux de boucherie, élevage de poulets et de porcs, conditions de transport et d’abattage - avec des résultats concrets. Si l’on prend les poules pondeuses, par exemple, leur espace de vie minimum est passé de 360 cm2 à 800 cm2 et en 2012, les cages actuelles seront interdites. Cette commission, qui concerne l’ensemble de la communauté européenne, doit aider le législateur à prendre ses décisions sur des bases objectives, en fonction des besoins de chaque espèce.
Il faut également veiller à ne pas opposer les ruraux et les citadins ou l’Europe du Nord et l’Europe du Sud qui ont des pratiques culturelles différentes. Toutefois, aucune loi ne remplacera la volonté politique au sens large du terme. Les gens ne veulent pas acheter la souffrance animale. Il existe des solutions, c’est un choix de société. Que veut la société, que souhaite-t-elle ?
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