Le grand généticien et cynotechnicien, le Prof Bernard Denis, a exposé à la FCI son point de vue sur la reconnaissance d’une race canine…
Régulièrement, les instances dirigeantes de la FCI font remarquer que le nombre de races de chiens reconnues officiellement est trop élevé et s’inquiètent des nouvelles demandes à venir. On entend même parfois exprimer l’idée selon laquelle il faudrait cesser de reconnaître de nouvelles races .... Cette position n’est pas recevable dans la mesure où il existe à coup sûr dans le monde des populations de chiens non encore standardisées qui mériteraient au moins autant que bien des races actuellement reconnues, de voir leur existence officialisée. Par ailleurs, on doit considérer que l’apparition d’une nouvelle population, est par principe, un enrichissement, notamment pour celles qui pré existent.
Dans ces conditions, le seul moyen d’éviter une inflation du nombre de races est de revaloriser la notion de variété et de reconnaître le plus possible de ces nouvelles populations candidates comme variétés.
Promouvoir la reconnaissance de nouvelles variétés plutôt que de nouvelles races présente plusieurs avantages:
• officialiser le fait que des populations objectivement voisines puissent néanmoins être reconnues distinctement;
• offrir beaucoup de souplesse dans la gestion des problèmes « politiques » ou humains. Peu importe, ainsi, que soient reconnues plusieurs variétés nationales dès lors qu’elles font partie de la même race. En cas de mésentente entre deux groupes d’éleveurs, reconnaître à chacun « sa » variété peut aider à résoudre un problème à court terme et, par ailleurs, conserver de la variabilité pour le long terme;
• permettre à des populations qui, objectivement, existent, et auxquelles des éleveurs s’identifient, d’être reconnues, même si elles ont peu de chances de satisfaire un jour aux critères de reconnaissance d’une nouvelle race;
• aider à la gestion de la variabilité intra-race: une nouvelle variété est une source officielle de retrempe possible. D’un autre côté, si une variété disparaît, soit que des erreurs de gestion génétique aient été commises, soit qu’elle n’intéresse plus personne, l’avenir de la race dont elle faisait partie n’est pas pour autant compromis;
• etc....
Il nous semble que la reconnaissance d’une nouvelle race par la FCI devrait être un long processus, qui n’aboutisse d’ailleurs pas forcément à son terme, mais inclue toujours l’officialisation de la population candidate sous une forme ou sous une autre. Ce ”long processus“ pourrait être décomposé en trois temps: reconnaissance nationale, demande à la FCI, émergence.