Quand mon père a décidé de recréer le braque du Bourbonnais a la fin des années 60, il n’a trouvé que des bâtards. La question du degré de vrai sang Bourbonnais se posait car il y avait peu de caractéristiques que l’on ne trouvait dans aucune autre race.
Le surnom de cette race, « braque courte queue », fournissait un critère intéressant car la seule autre race de chien d’arrêt ayant aussi cette caractéristique était l’épagneul breton, dont le poil long était facilement repérable. C’est donc avec un grand soulagement que nous avons vu naître des chiens queue courte dans certaines des premières portées faites avec ces bâtards. Toutes ces queues courtes venaient en fait d’un même chien, Pyrrhus (enregistré au LOF à Titre Initial sous le nom de « Rasteau ») dont le père n’était autre que «Napo » le chien dont Pierre Perret a fait une chanson.
Plusieurs générations plus tard, il y avait toujours des queues courtes dans certaines portées de ces Bourbonnais reconstitués. Cela était à l’époque considéré comme une curiosité, pas plus, puisque la coupe de la queue dès le plus jeune age était un acte banal. Quand certains pays ont commencé à parler d’interdiction de la caudectomie (coupe de la queue), nous avons compris tout l’avantage que l’on pouvait tirer de cette caractéristique. Ceux qui voulaient des chiens a queue courte dans ces pays allaient vouloir des Bourbonnais.
Hélas, de nombreux éleveurs peu scrupuleux vendaient des chiots de portées « garantis 100% queue courte naturelle » a des clients naïfs. Quand ceux-ci faisaient reproduire leurs chiots, ils avaient 100% de queues longues, cela jetait un discrédit sur la race dont la queue courte naturelle était, d’après certains, une légende.
Il fallait donc trouver un moyen de détecter les queues courtes naturelles de manière certaine. Ayant lu les travaux de Bruce Cattanach sur la création des boxers queue courte, l’identification qu’il avait faite du gène responsable de cette caractéristique chez les corgis, je me demandais si ce même gène n’était pas a l‘œuvre chez le braque du Bourbonnais.
Quelques dizaines de mails envoyés aux différents laboratoire, et la bonne surprise est arrivée quand Catherine André, spécialiste de la génétique canine au CNRS de Rennes, a décidé de s’intéresser à notre cas. Il nous a fallu motiver de nombreux propriétaires pour faire des prélèvements buccaux sur leurs chiens et les envoyer, reconstituer la généalogie de tous ces chiens, information cruciale pour une telle étude, et attendre le résultat.
Et le résultat est finalement arrivé : chez tous ces chiens, la queue courte était causée par la même mutation C295G, provoquant « le remplacement au 295éme nucléotide du gène T d’une cytosine par une guanine ».
Ainsi, chez le braque du Bourbonnais, mais aussi l’épagneul breton, le berger australien, le corgi, et le boxer (grâce au docteur Cattanach), on sait identifier à coup sur un chien qui a la queue courte naturelle.
On sait aussi qu’il s’agit d’un gène « autosome dominant homozygote létal ». La signification ces termes techniques est finalement assez simple :
Pour avoir des queues courtes dans une portée, on doit avoir au moins un des parents queue courte
On n’arrivera jamais a avoir des portées 100% queue courte
Si on marrie deux chiens queue courte, on devrait avoir une réduction de la taille des portées (mais nous n’avons pas constaté cette réduction dans les faits)
D’abord, s’assurer que cette caractéristique n’entraîne pas de défaut de la colonne vertébrale chez nos chiens. C’est ce que nous faisons en observant et radiographiant nos chiens a queue courte, chez qui l’on trouve toujours les deux dernière vertèbres collées et un peu tordues, comme ci-dessous :
Ensuite, comme ce gène donne différentes longueurs de queue (de anoure = pas de queue à brachyoure = courte queue), on aimerait déterminer si cette différence est due a un deuxième gène ou a une variabilité de l’expression du gène en question. Cela nous permettrait de pouvoir par exemple sélectionner les brachyoures, qui sont préférés aux anoures.
Exemples de braques du Bourbonnais dont les queues n’ont pas été coupées :
Alpha, anoure
Ipa, brachyoure
Rip, brachyoure
Diva, queue longue
Enfin, la demande de chiens naturellement queue courte étant importante dans des pays comme la Finlande, la Suisse ou l’Allemagne, il serait bon que les autorités cynophiles officialisent un test qui permettrait d’apposer la mention « queue courte naturelle » sur les pedigrees.
BLOC NOTES