La technique commence à être bien au point… il est désormais possible de pratiquer des tests génétiques de filiation fiables dans le cadre de l'élevage canin.
L’identification génétique était le thème de la dernière soirée organisée par l'UMES, le 9 avril dernier et à laquelle participait une cinquantaine d'éleveurs. A en juger par le nombre de questions qu'ils ont posées au professeur Courreau venu expliquer le fonctionnement des tests de filiation, le sujet les passionne. Il faut dire qu'au-delà des possibilités de contrôle dorénavant offertes à la Société Centrale Canine, le test de filiation peut intéresser l'éleveur à plus d'un titre.
Quel éleveur ne s'est jamais trouvé confronté au problème d'une saillie fortuite ? Jusqu'à présent, il n'y avait guère que deux solutions : ne pas inscrire la portée au LOF ou laisser subsister un doute quant à la généalogie des chiots. La procédure de test mise au point par Labogéna offre aujourd'hui la possibilité de déterminer les filiations impossibles, il devient possible de régulariser un dossier de portée a posteriori.
A l'origine, le système d'identification génétique a été développé pour les animaux de rente, essentiellement à des fins de contrôles. Taureaux d'élite et étalons mis sur le marché à la monte publique coûtent parfois si chers que l'acheteur est en droit d'exiger toutes les garanties sur la saillie qu'il a fait réaliser. La généralisation des tests permet de répondre à la volonté des instances officielles d'avoir un marché clair, sans fraude. Mais dans la pratique, on constate d'autres intérêts. Pour l'éleveur, c'est également le moyen d'offrir une garantie à ses clients, ce qui apporte une plus value certaine aux produits qu'il commercialise. Et à plus grande échelle, pour la race elle-même, c'est un outil de promotion. L'identification des plus grands reproducteurs permet de constituer une base de données qui pourra être valorisée par la suite.
Les caractères sont portés par les gènes, présents sur les chromosomes; le patrimoine génétique d'un individu étant apporté pour moitié par le père et pour l'autre moitié par la mère. Chaque gène peut se présenter sous plusieurs versions (on parle d'allèles pour désigner chacune d'entre elles). Le principe du test est de vérifier la compatibilité du génotype des produits par rapport à ceux des parents. Pour ce faire, on vérifie tout simplement les allèles présents, en observant de l'ADN prélevé chez les parents et chez les descendants. En travaillant sur un nombre suffisant de gènes, choisis pour présenter de nombreux allèles, on arrive à déterminer avec certitude cette compatibilité ou au contraire à l'exclure.
La réalité n'est pas si simple, et l'on ne se contente pas de l'étude d'une seul gène. Le protocole tel qu'il a été validé en étudie neuf, ce qui apporte une précision suffisante pour exclure tout risque d'erreur. Encore faut-il signaler que si le test s'avère particulièrement performant pour déceler les filiations impossibles (le très faible taux de mutation - inférieur à 1 / 10000 permet d'exclure cette hypothèse en cas d'incompatibilité avérée), il peut subsister des difficultés pour les recherches en paternité lorsque le doute existe entre deux pères potentiels très consanguins.
En France, à l'heure actuelle, seul un laboratoire est habilité à pratiquer cette analyse. Il s'agit de Labogéna (une émanation de l'Institut National de la Recherche Agronomique - Domaine de Vilvert 78362 Jouy en Josas Cedex - tél : 01 34 65 21 41). En théorie, il serait possible de pratiquer le texte sur n'importe quel élément contenant de l'ADN : sang, poil, fragments d'ongles, salive… Mais pour des raison pratiques, visant notamment à garantir l'identification des animaux testés, ils sont essentiellement réalisés sur des échantillons sanguins. Et pour avoir une valeur probante, la prise de sang doit être réalisée par un vétérinaire et les animaux testés doivent être identifiés par tatouage ou puce électronique. Il convient au préalable d'ouvrir un dossier auprès de Labogena, qui envoie le matériel de prélèvement au vétérinaire. Le délai d'analyse est de l'ordre de trois semaines. Chaque analyse est facturée 200 francs HT, (30,49 euros) et les résultats sont conservés dans une base de données par le laboratoire.
Première application du test génétique, le contrôle des filiations qui peut être déclenché à tout moment par la Société Centrale Canine. Une méthode beaucoup plus fiable que les simples visites d'élevage. Mais il ne faut pas voir en cette technique le seul côté répressif. Il permet également de résoudre l'épineux problème des saillies fortuites. La règle exige que l'éleveur procède à une déclaration de saillie dans les quatre semaines qui suivent l'événement, puis à une déclaration de naissance dans les quinze jours. Mais en cas d'accident, impossible de respecter la procédure normale. La fiabilité des tests permet aujourd'hui à la SCC d'accepter la régularisation de dossiers a posteriori. Bien sûr, il ne faut pas que cela devienne une habitude ! Mais c'est une façon de "rattraper" le coup et de ne pas écarter des livres officiels les rejetons imprévus qui peuvent malgré tout présenter un intérêt pour la sélection. Et enfin, dans un "objectif de qualité totale", la mise en œuvre préventive des tests de filiation permet de garantir à l'acheteur la nature de la chose vendue.
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