A l’occasion de la Mondiale d’Amsterdam, Ir. Ed. J. Gubbels, généticien et membre du département santé, comportement et bien-être (GGW) de la Centrale canine hollandaise, a fait un brillant exposé sur la sélection canine. En voici le texte intégral, que tout responsable d’une association de race se doit de méditer…
C’est dans le courant de la deuxième moitié du 19e siècle que l’on vit apparaître les notions « de consanguinité et de sélection », dans l’élevage d’animaux domestiques. A partir de 1900, cette méthode fut largement appliquée aussi bien aux animaux de compagnie qu’aux animaux de ferme. Les avantages de cette méthode se révélèrent particulièrement évidents lors des premières phases de l’élevage à pedigree, dont le but était la recherche de la conformité. De par son utilisation, les éleveurs furent capables de fixer les caractéristiques souhaitées dans leur élevage, et par conséquent, de les transmettre aux générations suivantes.
Mais cette méthode d’élevage a aussi ses inconvénients. Son application systématique ne concentre pas seulement les gènes souhaités, mais également les prédispositions héréditaires aux caractéristiques non désirées. Le problème est que ces gènes néfastes sont alors répandus, même si les générations suivantes n’en montrent qu’une partie limitée dans leur descendance. Ces gènes se retrouvent cachés chez des porteurs. On ne se rend compte des effets négatifs que bien plus tard – après plusieurs générations – quand ces gènes négatifs se sont tellement répandus que le travail de sélection se retrouve virtuellement anéanti. Qui plus est, des problèmes héréditaires impliquant des transmissions de traits plus complexes, ne peuvent absolument pas être combattus par ce système de sélection individuelle.
Dans le monde de l’élevage canin, « la consanguinité et la sélection » sont encore toujours d’actualité. Ce qui peut en gros se résumer à ceci : le degré de consanguinité est de plus en plus élevé. Le but est de fixer les meilleures caractéristiques des chiens de race. La sélection doit favoriser les caractéristiques désirées – les traits les plus marquants du chien – et contrer les caractéristiques non souhaitées – tels que les problèmes de santé et de bien-être. Les deux objectifs étant « la conservation » et « l’amélioration ».
La majorité des éleveurs pense agir en faveur de la conservation, à partir du moment où ils ne croisent que des chiens de pure race. Quant à l’amélioration, la plupart des éleveurs pensent aussi qu’ils peuvent y arriver, en laissant les « meilleurs » chiens contribuer le plus possible à la reproduction des générations futures. Ils pensent aussi que cette approche permet d’éradiquer les problèmes de santé et de bien-être chez les chiens de race. La réalité de l’élevage est cependant toute différente.
Le fait est qu’en dépit de tous nos efforts, le pourcentage d’animaux souffrant de troubles héréditaires semble ne cesser d’augmenter, et non pas de diminuer. Toutes nos tentatives pour améliorer la santé et le bien-être de la population des chiens de race via cette sélection, aboutit quasiment au néant. Quelquefois, nous arrivons à éradiquer une tare d’un côté, mais on peut en voir d’autres fleurir d’un autre côté. Il paraît évident que la méthode de sélection utilisée ne nous permet pas d’arriver à une véritable amélioration. Il faudrait pour cela mener une approche toute différente. Si nous ne réussissons pas à réduire les problèmes de santé et de bien-être de nos chiens de race à des niveaux acceptables, nos races perdent alors leur droit d’exister.
Dans la plupart des cas, la structure d’élevage de nos chiens de race est très complexe. Il faut tenir compte des sauts de générations et du fait que les contributions individuelles aux générations à venir ne cessent de changer, tout comme celles des lignées et des groupes sélectionnés. Chaque éleveur a ses propres priorité dans son élevage. Dans une situation réelle d’élevage, il n’est pas possible d’isoler les conséquences des différentes mesures d’une politique de sélection. De nombreuses forces génétiques ont des impacts simultanés. Des fois, ces effets s’annulent, alors que d’autres fois ils vont se renforcer. Pour voir plus clairement les conséquences de notre politique d’élevage, il faut regarder séparément les effets de chacune des mesures prises.
On se tourne alors vers une population modèle pour apprendre les influences et effets des forces génétiques à l’œuvre. De telles forces sont de nature différente. Certaines sont des lois inexplicables de la nature. Ces forces s’appliquent pour toute population, que nous intervenions ou pas. D’autres forces apparaissent car nous les provoquons, mises en mouvement par nos mesures d’élevage.
Nous pouvons voir ce qui se passe quand nous appliquons une série de mesures à notre population modèle, et par conséquent « traduire » ces leçons dans la réalité de l’élevage. Pas à pas, on introduit des complications. A la fin de l’exercice, nous pouvons arriver à certaines conclusions sur les conditions de l’élevage, qui s’approchent de la réalité actuelle.
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