Avec son mètre « 87 », son élégance « very british », la diversité de ses passions, Jean-Louis Grunheid est un être atypique dans l’univers « cynophilique ». Entretien avec un personnage qui a accepté de lever le voile sur le début de son parcours de juge, éleveur, peintre, qu’il sait conjuguer avec une passion sans faille, celle des lévriers.
Aniwa.com : Jean-Louis, qui êtes-vous ?Jean-Louis Grunheid : Fruit des amours de vacances d’une Italienne et d’un Allemand, en 1951, avec un « pedigree » très hétéroclite, je suis né au milieu des chiens.
Aniwa.com : Plus précisément ? JLG : Ma grand-mère romaine avait des Lévriers italiens (des P.L.I.) et la famille du côté de mon père élevait des Barzoïs et des chiens de meute.
Aniwa.com : Une hérédité typée lévrier ?JLG : Très fortement. Après avoir passé mon bac, le refus poli d’une moto m’a incité à faire l’acquisition d’un couple de Lévriers. Une demande satisfaite. Je suis parti acheter un Greyhound mais je suis revenu à la maison avec deux Lévriers russes.
Aniwa.com : D’où venaient-ils ?JLG : D’un élevage tropézien, sur la Côte d’Azur, de chez quelqu’un qui s’appelait Christian Godon et qui vivait entouré de lévriers, de serpents et de singes. Ce pauvre homme a terminé sa vie dévoré par sa tigresse… J’ai eu plus de chance que lui !
Aniwa.com : Vos premiers pas dans la cynophilie ?JLG : Ma « marraine » était une grande dame. Elle s’appelait Mme Siméon-Lavallard et c’est elle qui m’a incité à postuler à la fonction de juge. A l’époque, cette femme présidait les destinées du Club du Petit Lévrier Italien. La secrétaire de ce club était Edith Haegel et je suis devenu secrétaire-adjoint du club, lors de mon installation à Paris, en 1975. J’ai passé, poussé par ces deux femmes de talent, mon premier examen de juge à l’ENV d’Alfort, en octobre 1977.
Aniwa.com : Votre toute première expo en tant que juge ?JLG : J’ai été invité officiellement à Château-Gontier (72) mais peu de temps avant cette exposition, j’ai été amené à remplacer Mme Poulard, dans l’Oise à Compiègne, pour juger les PLI.
Aniwa.com : Avec le recul, quels souvenirs vous inspirent cette première expérience ?JLG : A la fois la fierté de juger avec cette « chape » du juge sur les épaules, et le plaisir d’avoir ses collègues et ses amis dans le ring. Découvrir ce jour-là qu’il n’y a qu’un seul satisfait, le gagnant, et beaucoup de mécontents. Avec les années, les situations se gèrent et se tempèrent… J’ai découvert que le premier examen de juge est forcément sur le terrain, dans le ring.
Aniwa.com : Et au sujet de l’élevage, donnez-nous quelques repères…JLG : J’ai eu ma première portée de Petit Lévrier Italien en janvier 1975, un 26 -, ma première portée de Greyhound en mai de la même année et enfin, ma « première » en Salukis, en octobre 1977. Mon affixe, Du Manoir des Ombreuses, était la traduction du nom de la propriété de mes grands-parents en Allemagne (Silésie). Ensuite, j’ai élevé avec Christine du Rot-Hazard, des Salukis sous l’affixe Arab Bahari’s, qui a été également celui d’une sélection de Basenjïs.
Aniwa.com : Sur 25 années de sélection, combien de portées avez-vous élevées ?JLG : Deux en Greyhound, une vingtaine en PLI et une trentaine en Salukis, sans oublier cinq en Basenji.
Aniwa.com : Le Saluki était-il le roi à l’élevage ?JLG : C’est le lévrier qui a le plus compté au fil des années. J’ai imprimé ma patte dans la sélection du PLI, notamment, en fixant la couleur noire en France, couleur qui n’existait pas à l’époque.
Aniwa.com : Quels sont les chiens les plus marquants ?JLG : En Greyhound, Mélisande, issue de l’élevage du Moyen Age à la Comtesse de Robiano, et qui était un cadeau de Henri Huyghes-Despointes, ancien président du FALAPA (Club des Amateurs de lévriers persans et afghans). En PLI, Nuit Noire du Manoir des Ombreuses, la polonaise Iskra Gerenuk qui ne m’a jamais quitté et que j’amenais au cinéma dans mon blouson. Enfin, en Saluki, Mounia, une femelle particolore rouge et blanche, incontournable dans mon élevage. Avec elle, je descendais les Champs-Elysées sans laisse… je mettais deux heures à les descendre… Elle avait la particularité d’ouvrir les portes mais surtout de les refermer derrière elle pour ne pas être dérangée par les autres chiens. Le lit devenait son lieu de quiétude, qu’elle ne voulait surtout pas partager. Enfin, ma première Azawakh, que j’ai ramenée en 1986 de Varsovie, La Mish, qui est la grand-mère de la plupart des sujets que nous avons réintroduits dans le Sahara.
Aniwa.com : Dans les chiens que vous avez connus, quels sont ceux que vous auriez aimé posséder ?JLG : Parmi ceux que j’ai jugés, ceux dont j’ai dit : « J’aurais aimé qu’il soit né chez moi », il y en a eu plusieurs, dans différentes races. Parmi ceux que j’ai connus, le Saluki Bédouin Caliph, que j’ai connu déjà vieux à Crufts et surtout sa fille, la blanche Windswift Kashil, avec qui j’ai passé plusieurs jours chez une des plus grandes éleveuses de tous les temps, Miss Watkins (Windswift Kennel).
Aniwa.com : Du Lévrier au désert, il n’y avait qu’une suite logique ? JLG : C’est à peu près ça. J’ai toujours mis un point d’honneur à connaître les races dans leur pays d’origine, à remonter à leurs racines et à étudier leur biotope…naturel ! Les vieux éleveurs, avec qui j’ai appris à connaître les races, m’ont toujours dit qu’« un bon chien est celui qui est capable de faire le travail pour lequel il a été initialement sélectionné ».
Dans le cas des lévriers, l’aptitude à chasser à vue est la première des qualités.
Aniwa.com : Vous avez ramené d’Algérie, des reportages étonnants ?JLG : Tout à fait. En 1986, 1987 et 1988, dans le cadre des premiers salons du cheval et du dromadaire, j’ai effectué plusieurs missions en Algérie, notamment, à Alger-Tiaret et Ouargla. C’est là que j’ai rencontré des personnages étonnants, comme Henri Lhote qui était au désert ce que Haroun Tazieff était aux volcans et Paul-Emile Victor aux expéditions polaires. Nous avons monté les premières sélections d’élevage des races locales, en particulier, le Sloughi. Malheureusement, elles furent stoppées par les évènements de 1988.
Aniwa.com : Ensuite, qu’est-il advenu de ces premières missions ?JLG : Lorsque nous avons été invités par le Gouvernement algérien, il y a deux ans, à reprendre notre travail là où nous l’avions laissé, nous avons été émus de constater que malgré les difficultés de toutes sortes qui primaient sur l’élevage des chevaux et des chiens, les éleveurs locaux avaient maintenu les lignées que nous avions fixées avec eux.
Le Club des Lévriers d’Algérie a été réactivé, grâce à une poignée de passionnés et de cynophiles algériens et européens en février 1999. Depuis, il participe activement au maintien des lignées de Sloughis existantes et à la réintroduction de l’Oska, qui est le nom berbère du Lévrier reconnu par la F.C.I. sous le nom d’Azawakh et dont le souvenir est toujours vif chez les nomades du Sahara.
Aniwa.com : Quelles sont les différences fondamentales entre l’Azawakh FCI et l’Oska ?JLG : Il n’y en a aucune puisqu’il s’agit du même chien. Le Tassili et le Hoggar sont le berceau de la race alors que la vallée de l’Azawakh serait plutôt le linceul de cette race. En effet, avec la désertification galopante du Sahara, ces Lévriers ont été repoussés vers le Mali et le Niger principalement. Revenus, les sécheresses et les évènements des trente dernières années ont repoussé les Touaregs du Niger et du Mali vers l’Algérie, dans la région de Tamanrasset. Ces nomades s’y sont installés avec leurs Lévriers et leurs chameaux qui sont leur fierté et leur art de vivre.
Aniwa.com : Quels sont vos projets ? JLG : Une commission internationale, dont nous faisons partie, sélectionne les reproducteurs en Europe et les offre aux Touaregs qui en font la demande. Nous nous devions d’effectuer ce cheminement inverse, le retour vers les contrées d’origine, de ces chiens que nous avons sélectionnés sur des critères réducteurs, d’esthétique et d’exposition.
Aniwa.com : Racontez-nous une anecdote à ce sujetJLG : Dans les années 70, un chef s’est adressé à Gervais Coppé, qui est un peu le patriarche de l’Azawakh en France, en lui présentant un chiot mâle : « Je n’ai plus de quoi nourrir ma famille, je partage le peu de mil qu’il me reste entre mon fils et mon lévrier, prends-le et lorsque la pluie reviendra, tu me le ramèneras… ».
Site et CRM réalisé par ActivSoft Zenengo