Celui que était surnommé « le père des juges français » vient de nous quitter, au cours d’un retour d’exposition…
La nouvelle est tombée. Froide, dure mais bien réelle. Jean Janicot est mort. Bêtement. Sur la route, en se déplaçant pour la énième fois en exposition. Plus précisément, en revenant d’un jugement à Gujan-Mestras. Je l’avais connu il y a plus de 25 ans, à l’occasion de la rédaction de mon premier livre sur le Berger de Brie (Editions Crépin-Leblond). Il m’avait apporté des éléments significatifs pour mieux apprécier une période de la cynophilie française que je n’avais pas connue. Il m’avait même souligné « qu’à l’époque où les pedigrees étaient fait à la main, il était fort probable que des erreurs aient été commises ». Dont acte. Remonter la généalogie d’une race sur plus de 30 générations tenait du parcours du combattant avec une visibilité réduite, car les contrôles et plus encore, l’étude des filiations (ADN) n’étaient pas encore d’actualité.
Lors d’un de ses nombreux jugements sur le ring d’honneur (ici le Paris Dog Show avecde gauche à droite, Dr Michel Klein, Jean Imbert (SCIF) et Jean-Paul Bernardi (Elevage De Chester)
Jean faisait partie des « noms » incontournables sur la scène des bergers français. Pourtant, peu de gens savaient que sous l’affixe De La Chèvrerie, il avait fait naître des ténors dans le Berger de Brie, en particulier dans la variété noire. Sa propriété, à proximité de Limoges, porte toujours ce nom de La Chèvrerie.
Il avait le propos et l’œil vifs et faisait partie de cette école de juges (Lin Montenot, …) où la pratique était déterminante pour apprécier les résultats d’une sélection. Le coup d’œil était également un paramètre indiscutable pour le classement final. Mais au delà de ses amours pour notre berger français, Jean Janicot avait une culture cynotechnique étonnante qui lui avait valu, au fil des années, de parvenir au titre de « juge all round » : juge agréé pour des dizaines de races (en particulier dans les Groupes I, II, V, IX et X), devenu formateur pour nombre d’entre elles, Jean était un mentor auprès de ses pairs et de nombreux juges ont fait leurs classes et leur cursus technique dans son ring. Il était capable d’évoluer avec aisance d’un groupe à l’autre. Ses propos lors des finales sur le ring d’honneur étaient précis. Quand il était spectateur, il avait déjà le tiercé final, bien avant que le juge officiant ne réalise sa présélection. Récemment, il n’était pas satisfait de certaines extensions obtenues dans des races qu’il jugeait peu souvent et se faisait fort, d’assister à des régionales d’élevage pour « se faire l’œil » (berger allemand, etc…).
Jean (à gauche) en compagnie de Guy Mansencal, spectateurs d’un ring d’honneur
Je ne sais pas combien de dizaines de milliers de chiens ont été palpés, mesurés, toisés, examinés en détails par Jean. Toujours courtois, discret sur le ring, son œil repérait avec rapidité et sûreté une épaule mal angulée, une cuisse trop fine, des lignes de têtes incorrectes, une ampleur de mouvement limitée, une gène dans la poussée, etc… Différentes personnalités cynophiles – Benoît Thévenon notamment – ont réagi très rapidement. Voici quelques mots reçus à la rédaction de la part d’une éleveuse de Bulldog, Jane Lavaux (Elevage Des Bulls du Barnum) : « Une pensée pour Mr Janicot qui sera enterré aujourd’hui. Un adieu de tous les éleveurs toutes races réunies au « Gentleman des juges ».
Salut Jean, la cynophilie française perd un homme de valeur, intègre et courtois, qui avait toujours le mot juste mais le coup d’œil acéré.
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