Au lendemain de l’exposition de championnat du Bourget 2001, François Striby nous livre ses impressions. Il est vice-président de la Société Centrale Canine et, en tant que juge toutes races, a eu le redoutable honneur de choisir les meilleurs chiens de l’exposition.
Après le traditionnel rendez-vous de Longchamp, l’Exposition de championnat du Bourget ouvre la voie à un nouvel avenir avec en ligne de mire l’Européenne de 2002. Parmi les innovations, un Best In Show nouvelle formule où chaque chien vainqueur de groupe revient le dimanche pour l’élection des trois meilleurs du Championnat de France. Monsieur François Striby, juge toutes races et vice-président de la Société Centrale Canine de France répond à nos questions.
Aniwa.com : Monsieur Striby, vous avez eu cette année le redoutable honneur de départager les 10 meilleurs chiens de cette exposition de championnat 2001. Cette année, il n’y a pas eu de désignation du vainqueur du jour suivie d’une finale le dimanche, mais un Best In Show unique le dimanche, avec la présence des meilleurs de chaque groupe. Quel est votre avis sur cette formule « new look »?
François Striby : J’ai eu beaucoup de plaisir à juger ce Best In Show et à choisir les 3 meilleurs chiens de l’exposition parmi les gagnants de chacun des 10 groupes. Ce type de sélection est bien plus attractif que l’ancienne formule où il fallait choisir le gagnant parmi les 3 meilleurs chiens des jours précédents. La présence des dix meilleurs de l’exposition permet aux visiteurs d’avoir une vision plus complète des diverses races de chiens et donne davantage de suspens à la nomination. A la Société Centrale Canine, nous avons attaché beaucoup d’importance à ce changement, à tel point que nous avions offert une chambre d’hôtel à tous les participants qui habitaient trop loin pour rentrer chez eux, afin qu’ils puissent présenter leur chien le dimanche après-midi. Bien sûr, cela change un peu nos habitudes, et moi-même, si cela était à refaire, je modifierais un peu ma technique. Au lieu de choisir 5 chiens puis d’en classer 3, je sortirais directement les 3 meilleurs sans phase éliminatoire. Mais cela ne change rien au classement final. Mon choix aurait été identique.
Sur quels critères avez-vous départagé les concurrents et fait votre choix sélection ?
Il n’y a pas de méthode imparable pour choisir les gagnants d’un Best In Show. Pour ma part, j’ai l’habitude de faire la comparaison avec une élection de Miss France. La personne qui sera choisie ne sera pas celle qui aura le plus joli nez ou les jambes les plus gracieuses, mais celle qui in fine aura le plus d’allure et de prestance. A ce niveau de la compétition, les chiens présentés correspondent tous de très près au standard. La décision finale revient au juge et, en ce qui me concerne, je choisis le chien qui a le plus de prestance. Pour résumer, il y a des chiens de show, qui aiment cela et qui en veulent, et ceux qui apprécient moins. Cela suffit parfois à faire la différence.
Quels étaient les points forts des 3 meilleurs chiens de l’exposition du Bourget ?
Tous les chiens présents sur le ring d’honneur étaient de qualité remarquable. Toutefois, j’avoue n’avoir jamais vu un Komondor comme celui que j’ai désigné meilleur chien de l’exposition. C’est un chien avec une stature imposante, un dos court et des allures nobles. Quant à son poil ! Maintenir un tel chien dans cet état demande un travail colossal. En discutant avec l’éleveur après les jugements, celui-ci m’a appris que lorsqu’il lavait son chien, le poids de la fourrure gorgée d’eau l’empêchait carrément de se lever !J’ai aussi appris que ce Komondor venu de Hongrie avait remporté 12 BIS sur 14 présentations en IB.L’Irish Wolfhound était le seul chien que j’avais déjà vu auparavant. Je crois même que j’avais déjà placé son père meilleur de groupe. C’est un chien très grand mais qui se déplace avec souplesse et puissance, très bien construit avec une excellente poitrine et un poil bien dur. C’est mon deuxième meilleur chien mais également le premier chien français classé.J’ai choisi le Chow-Chow en troisième chien car il est très bien proportionné et compact, avec un bel ensemble tête et encolure, une poitrine large, un dos fort, court, bien horizontal et un rein puissant. Sans oublier une fourrure abondante. Il nous vient de Belgique. D’autres chiens suivaient de près. A la sortie du ring, certains m’ont dit que le Dogue Allemand méritait mieux. Il est vrai que de loin, le Dogue Allemand impressionnait beaucoup avec des allures nobles et un excellent ensemble tête et encolure. Mais je l’ai trouvé trop étroit à l’avant, avec une poitrine pas assez descendue, un peu trop « lévrier ». Le Shar Peï aussi était vraiment impressionnant… Mais il faut choisir !
Pour beaucoup, l’exposition du Bourget était la répétition générale de l’Européenne que la France organise dans les mêmes lieux, au mois d’avril 2002. Quels enseignements peut-on retirer de cette expérience ?D’abord reconsidérer les animations. Le ring d’honneur était magnifique, grand -trop ?-, beau, mais souvent vide et triste. Et puis, un jour de Championnat de France, la Marseillaise et les hymnes nationaux des gagnants auraient été souhaitables. Il faut également revoir le plan de salle. Il n’est pas normal que les rings de races comme les Rottweilers, Teckels, Dobermanns ou autres aient été divisés et dispersés aux deux extrémités des halls d’expo.Cela fait 28 ans que la France n’a organisé ni Mondiale ni Européenne. Certes, « l’ère Michel » est terminée, mais je crains que nous ayons déjà pris du retard dans l’organisation de l’Européenne qui se déroulera dans 5 mois ! Il faut mettre le paquet et se servir du prestige de Paris. C’est sans doute l’attrait de la capitale qui incitera les étrangers à se déplacer. Alors que la Mondiale d’Amsterdam, qui se tiendra en juillet 2002, a déjà enregistré près de 5000 engagements, les inscriptions à l’Européenne de Paris, en mai, ne font que commencer. Mais il faut dire que cela fait plus d’un an et demi que les Pays-Bas communiquent sur leur Mondiale, alors que chez nous, l’Européenne a presque été occultée. C’est pourtant une exposition prestigieuse dont les nations se disputent l’organisation car elle est en général lucrative. Je pense que rien n’est perdu et qu’il existe maintenant une réelle volonté de réussite, mais nous devons absolument mettre les bouchées doubles pour atteindre notre objectif.
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