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Accueil  >  Encyclopédie  >  Art  >  Le chat et la littérature
12/04/2002
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Le chat et la littérature

"Si vous voulez écrire, ayez un chat." (A. Huxley)
"La littérature est du côté du chat." (B. Pivot)
"Les chats se plaisent dans le silence, l'ordre et la quiétude, et aucun endroit ne leur convient mieux que le cabinet du littérateur." (T. Gautier)

L'Antiquité

Parmi les écrivains et les poètes de l'Antiquité ayant abordé le sujet du chat, nous pouvons évoquer Homère, Plutarque, Ésope, Virgile ou Ovide.

Ésope nous conte que Vénus, sollicitée par une chatte éprise d'un beau jeune homme, accepte de la transformer en femme (La Fontaine reprendra plus tard ce conte dans "la Chatte métamorphosée en femme"). Mais la chatte restait chatte et, malgré sa transformation, ne pouvait que poursuivre une souris traversant la pièce. Ovide évoque, dans ses "Métamorphoses", la transformation de la soeur d'Apollon, Diane, en chatte.

Le Moyen Age

Au XIIe siècle, on le rencontre dans les farces et les fables, par exemple dans le "Roman de Renart" où figure le chat Tibert, incarnant la fourberie, la cruauté et la ruse à l'égal de Renart.

Les histoires de sorcellerie foisonnent également de chats.

La Renaissance

Au XVIe siècle, le chat ne fait toujours pas l'unanimité. Ronsard et Rabelais partagent une répulsion pour cet animal, alors que Montaigne ("Essais") et Du Bellay le défendent ardemment. Ce dernier a même composé une épitaphe de deux cents vers à la mémoire de son chat, Belaud.

L'âge classique

Au XVIIe siècle, les écrivains dénoncent une trop grande sensibilité des femmes à l'égard du félin (Scarron). Les fabulistes se font l'écho de la vindicte populaire à l'encontre du chat et contribuent à enrichir leur image négative. La Fontaine voyait encore dans le chat un animal égoïste, flatteur et fripon. Il s'en servit pour caricaturer le chanoine. Il a mis en scène le chat seize fois, mais celui-ci n'en retire aucune gloire. Si le chat y est l'"Attila des rongeurs", il chasse avec ruse, cruauté et fourberie ("le Chat, la Belette et le Petit Lapin") et renie ses amis par intérêt ("le Chat et les Deux Moineaux"). Les noms qu'il porte révèlent le mépris de l'auteur : Raminagrobis, Raton, Rodilard, Grippe-Fromage ou Grippeminaud.

Les "chats fourrez" de Rabelais

Ils s'apparentent à Raminagrobis. L'écrivain présente le chat sous des dehors hypocrites et, à travers lui, trace une satire des gens de justice et de leur chef Grippeminault.

Tiré des "Histoires ou Contes du temps passé" (1697), "le Chat botté" de Charles Perrault redonnait au chat, rusé mais fidèle à son maître, son aspect porte-bonheur. Comme dans tous les contes, l'auteur s'inspire de la tradition populaire, et cette oeuvre illustre la vengeance du cadet pauvre et abandonné, grâce à l'intervention de son chat. Dans cet ouvrage très symbolique, les forces lunaires incarnées par la magie du chat s'opposent aux forces solaires que représente la royauté.

Dans "la Chatte blanche", rédigée par Mme d'Aulnoy et extraite de ses "Contes nouveaux ou les Fées à la mode" (1698), le chat apparaît à nouveau comme un guide merveilleux et protecteur (génie tutélaire) qui apporte le bonheur à celui qu'il sert. Là encore surgit une multitude de symboles et l'antique équilibre est rétabli : trois royaumes solaires face aux trois royaumes lunaires.

Dans les deux cas, M.-L. von Franz a vu dans ces deux contes la nécessité pour le héros de recouvrer son ombre (son chat), c'est-à-dire de réintégrer son anima à sa personnalité consciente. Suivant l'interprétation freudienne, Bruno Bettelheim expliquerait que l'homme doit apprendre à faire confiance à son inconscient et à l'accepter.

XVIIIe siècle

En 1727, parut le premier ouvrage réellement dédié à la gloire du chat, "les Chats" de François Augustin Paradis de Moncrif. Il les dépeint indépendants et gais, formant des sortes de républiques et allant vers l'être humain par pure tendresse, et non par servilité comme les chiens. Leurs sentiments, comme leur corps, sont empreints de grâce. Mais cette oeuvre dithyrambique lui valut les moqueries de Voltaire.

Buffon, quant à lui, défend dans son "Histoire naturelle" (1749-1804) la sincérité du chien contre la fourberie du chat.

Chateaubriand (1768-1848), admirateur de l'indépendance de cet animal, s'insurgeait contre Buffon. Il reconnut vouloir travailler à la réhabilitation du chat, et l'évoquait avec tendresse (tel Micetto dans les "Mémoires d'outre-tombe").

XIXe siècle

Balzac, dans les "Peines de coeur d'une chatte anglaise", prend cet animal comme porte-parole pour fustiger le puritanisme britannique et son hypocrisie. Il a été reconnu que, avec cette oeuvre, il est entré dans le domaine de la psychologie comparée. Tout comme La Fontaine, il rêve à la "Chatte métamorphosée en femme".

Les écrivains du XIXe siècle ont exalté l'ambiguïté, le mystère et l'individualisme du chat ainsi que sa parenté avec les puissances occultes.

Les raisons qui l'ont fait largement exterminer au XVIIe siècle le font aimer au XIXe siècle.

"Le chat mystérieux, le chat séraphique et le chat étrange" de Baudelaire illustre parfaitement cette vision dans deux poèmes des "Fleurs du mal" : "le Chat" et "les Chats".

Le corps élastique et la fourrure du félin jouent un important rôle aphrodisiaque.

Plus tard, le vocabulaire érotique moderne ne désignera-t-il pas le sexe de la femme par les mots "chatte" et "minou" ?

Les romantiques

Ils vont s'enflammer pour le mystère et la magie liés au félin. Verlaine en vante également les vertus dans "la Femme et la chatte".

En effet, le mystère et le merveilleux apparaissent dans la littérature relative au chat du XIXe, puis du XXe siècle.

L'extraordinaire chat d'"Alice au pays des merveilles" (Lewis Carroll, 1865) illustre parfaitement l'absurde, le "nonsense" rattaché à cet animal énigmatique.

"Les Chats" d'Edward Lear, poète, maître du nonsense, étaient à la fois des compagnons de vie et des sujets littéraires ("le Hibou et la Minouchette"). L'absurde est le contraire du sens commun et, en cela, le chat fait à nouveau preuve d'indépendance par esprit d'insoumission et de mystère.

Si, pour Émile Zola, le chat noir est le symbole du mal accompli car témoin d'un meurtre ("Thérèse Raquin"), Edgar A. Poe ressent un vertige lié au mal, face à ce même chat noir. L'animal semble déchaîner des forces obscures et leur cortège de lubricité et de sexualité coupables.

Rudyard Kipling esquisse dans "le Chat qui s'en va tout seul" un animal suffisamment rusé pour garder sa liberté.

Il se conforme aux traditions populaires, à la construction d'un bestiaire illustrant la nature humaine, en opposition aux écrivains postérieurs du XXe comme Louis Pergaud ou Maurice Genevoix, qui observent avec objectivité l'animal dans son milieu naturel.

XXe siècle

Le XXe siècle continuera à célébrer le chat tout en allant au-delà du romantisme et en cherchant davantage à comprendre et découvrir l'animal.

Pierre Loti tente de "pénétrer dans l'étrange fenêtre de ces yeux, jusqu'à l'inconnaissable de ce petit cerveau". Le chat apparaît souvent dictatorial dans la littérature contemporaine. Le chat ne mendie pas. Il peut exercer sa liberté et, en ce sens, l'écrivain se sent réélu chaque jour. "Pour un chat perdu, c'est l'homme qui est trouvé." (Tennessee Williams)

Robert Sabatier se sent habiter chez son chat. Graf Bouby (Jean Blot) appelle ses maîtres, ses esclaves. Paul Morand avoue dans "l'Homme pressé" : "J'ai eu cent chats, ou plutôt cent chats m'ont eu."

À ceux qui pensent que le chat les aime, eux, s'opposent ceux qui sont persuadés que cet animal n'aime que les avantages que l'être humain lui apporte, c'est-à-dire essentiellement domestiques. Cela ne gêne pas Cocteau pour qui le chat est l'âme visible de la maison, ni Baudelaire qui voit en lui un "esprit familier" de la maison qui donne vie aux objets.

Le terme de "suradaptation" a été créé par Michel Tournier pour illustrer la faculté du félin à disparaître, à se fondre ou à réapparaître au sein de la maison. D'après Renée Massip, "certaines maisons requièrent un chat", tels le Rou de Maurice Genevoix, superbe chat partagé entre les délices de la liberté et ceux de la vie domestique, ou Finette de Rémo Forlani.

Pour d'autres auteurs, le chat aime à la fois le lieu et le maître, et est prêt à suivre son maître même dans l'inconfort. Pour exemples : Christopher Simon et Anne Frank.

Colette

Elle a décrit avec réalisme le monde des bêtes ; elle versera, en revanche, dans l'anthropomorphisme en ce qui concerne les chats dénommés One and Only, la Chatte Dernière, Kapok, Mini-Mini... Colette illustre le manque de pudeur du chat ("la Maison de Claudine" : "Elle se roule, chemine sur le dos et le ventre, souille sa robe, et les matous avec elle avancent, reculent comme un seul matou.").

Si, au XVe siècle, le chat avait eu la réputation d'assurer le succès en amour, il se confirme par la suite être le symbole de la volupté, de la sensualité et de la sexualité ("Chat beauté" de Paul Guth, "Graf Bouby" de Jean Blot, "Blues pour un chat noir" de Boris Vian, "Une vie de chat" d'Yves Navarre).

La littérature lie étroitement la femme et le chat pour parfois n'en faire qu'un ("Femme et Chatte" de Paul Verlaine, "la Chatte sur un toit brûlant" de Tennessee Williams, "la Femme du boulanger" de Marcel Pagnol). Si la chatte se métamorphose parfois en femme, la chatte devient aussi la rivale de la femme ("le Chat" de Simenon ou "la Chatte" de Colette).

Dans "les Chats en particulier", Doris Lessing décrit une femme qui doit se débarrasser d'une chatte siamoise afin de garder son mari.

Si les habitants du Nil appelaient déjà les chats les "mangeurs de chagrins", pour Paul Léautaud, cet animal est un refuge et un véritable ami, comme en témoigne son "Journal littéraire" truffé de réflexions et d'anecdotes à ce sujet.

A notre époque

Le chat inspire et joue un rôle dans les méditations de l'auteur ("Une vie de chat" d'Yves Navarre ou "Graf Bouby" de Jean Blot. Boris Simon pense que le chat permet à l'homme de devenir meilleur : le cruel chef de bande de son "Passage de l'homme-chat" découvre l'amour des chats, leur tendresse et leur vulnérabilité et parvient, grâce à cela, à communiquer avec les autres avec respect.

Le chat peut devenir le miroir de l'écrivain. Un parallélisme flagrant se fait jour dans la trilogie allemande de Louis-Ferdinand Céline ("Nord", "D'un château l'autre", "Rigodon"), entre le caractère et le comportement de l'auteur et le chat Bébert.

La mort de l'animal est donc vécue comme un drame doublé souvent d'un sentiment de culpabilité ("le Chat des Briarres" de Renée Massip, "l'Âge de raison" de Jean-Paul Sartre).

Jules Laforgue et François Maynard ont composé des oraisons funèbres pour leur chat (après l'épitaphe de Du Bellay).

Jean Cocteau illustrera son caractère énigmatique dans "la Belle et la Bête" (la Bête se révélant dans le film un monstre-chat effrayant et tendre).

Cependant, dans la littérature contemporaine, la femme-sorcière et le diable restent souvent liés au chat, noir bien sûr. Tennessee Williams met en scène, dans "la Malédiction", une nouvelle tirée de "la Statue mutilée", un chat et un homme liés par un destin impitoyable.

En revanche, le chat peut avoir un pouvoir bénéfique : dans son conte "la Patte du chat", Marcel Aymé reprend une des anciennes croyances sur le pouvoir des chats à provoquer la pluie en passant leur patte derrière l'oreille.

René Barjavel fait partie des nombreux écrivains à croire en la métempsycose, et les chats sont pour lui des réincarnations d'êtres humains.

A travers les âges, des thèmes constants persistent dans le regard que les écrivains posent sur le chat : le chat et l'écriture, le chat et la volupté, la sexualité, le chat et la femme, le chat et l'absurde, le chat sacré ou diabolique et toujours l'éternel mystère du chat.



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