Les premiers Sphynx importés en France il y a une trentaine d'année par Patrick Challain et Guy Pantigny firent sensation. Aline Noel, aujourd'hui juge internationale, fit partie des tout premiers adeptes qui favorisèrent le développement de cette race. Nous lui avons demandé de retracer cette aventure et de nous donner son avis sur l'évolution actuelle du type.
Aline, pour nos internautes, pourrais tu te présenter et nous parler de tes débuts dans l'élevage ?
Mes débuts sont liés à la chance et indissociés de Philippe Noel mon ex époux juge international de grande renommée, disparu il y a quelques années.Pour mon anniversaire, Philippe a voulu m'acheter un chat de race. Ne sachant pas vraiment quoi chercher, il a acheté « La vie des bêtes » ou un mensuel du genre (année 77). Nous avons vu une annonce proposant des Orientaux. Qu'est-ce qu'un Oriental ? Curieux, nous avons pris RDV avec l'éleveur qui n'était autre que JEAN AUGUSTIN, juge poils courts.
Notre premier contact avec les Orientaux fut juste un coup de foudre. Nous repartîmes avec OMELIA, une bleue, et OPHELIA une lilac. Et surtout avec la promesse faite d'aller les présenter à Paris Champs Elysées à une exposition où elles étaient inscrites.Jean Augustin nous a prêté les rideaux et nous a guidés durant l'exposition animée par Mr Sursin. Durant l'expo, deux événements ont fait basculer notre avenir félin.Mr Sursin a demandé un ASSESSEUR. Curieuse (encore), je suis allée voir de quoi il retournait, je fus vêtue d'un tablier et amenée dans la salle des juges, « privée », à l'époque.
Cette salle semblait faire un effet terrible sur les exposants, je compris vite pourquoi, c'est là que la beauté des ces minous était jaugée. La salle de tous les secrets.L'assesseur à cette l'époque allait chercher le chat dans la cage de l'exposant et l'amenait « seul » au juge, le présentait au juge et le ramenait à l'exposant chargé du secret titre ou pas titre.
Les dangers de morsures étaient assez grands, mais une fois passé de l'autre côté de la barrière, le plaisir de toucher tant de chats, de voir travailler les juges faisait tout oublier.Ma carrière était née.Le deuxième événement de l'exposition fut la découverte d'ORAGE DE SURABAYA, un Oriental chocolat spotted tabby qui nous fut vendu comme Mau Egyptien ............ Nous fîmes l'acquisition de ce bel animal.
La chance était là car les résultats de l'exposition furent comme suit :BEST OF BEST POILS COURTS ORAGE DE SURABAYABEST IN SHOW CHATON POILS COURTS ORAGE DE SURABAYA EN MALE OMELIA NOTRE ORIENTALE BLEUEBEST VARIETES ORAGE, OMELIA ET OPHELIAPour un début !!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Sachant que bien des « nouveaux » ne tombent pas forcément bien lors de leur premier achat, la déception est souvent grande lors de la première (et dernière ) expo..., nous avons eu LA CHANCE et peut-être l'OEIL.
Nous avons promis à Mme Cellier Abry, éleveuse d'Orage, de venir a Lyon. Je promis également à Mme Gethman de faire son assesseur aussi à Lyon. Et voilà, comment a démarré l'engrenage terrible : de bons résultats, encore et encore, assesseurs à chaque fois, puis élèves juge. Le virus nous avait touchés.
Nom GAREL NOELPrénom ALINEJuge ALL BREED TRADITIONNELLE ET ALL BREED TICA
Depuis 1981, nous avons organisé, entre autres BALTARD, LE PALAIS DES CONGRES, PONTOISE. Nous avonc travaillé avec Madame TRAYER pour CHAMPERRET et ses grandes expositions parisiennes.
J'ai établi les pedigrees de L'ANCFF durant plusieurs années.J'ai écrit la partie races et expositions du livre du chat Reader Diggest.J'ai coécrit avec Philippe un livre sur le Maine Coon.Je suis actuellement employée du LOOF, à la vérification des pedigrees et des couleurs.Je vis au Canada dans la belle province du Québec, mais je n'ai pas coupé les ponts avec l'Europe, car je suis une semaine par mois au LOOF et les expositions m'amènent ça et là en France.
Quelle était votre « position » par rapport aux autres éleveurs de Siamois /Orientaux ? Dans quel sens vouliez-vous travailler le type de vos chats ?
J'ai toujours aimé « l'extrême » dans le type (tant que cet extrême ne déforme pas le chat).
J'ai donc vite apprécié les oreilles grandes, larges, placées bas, les profils parfaitement droits, les cous longs et fins, les corps fermes mais fins et les queues aussi longues que fines.
J'ai donc cherché cet animal étrange tout au long de mes voyages. La chance (encore) de juger partout dans le monde m'a amenéé à voir beaucoup de beaux Orientaux et de pouvoir les amener en France.
Sans prétention aucune , je pense avoir amené un style, un look aux Siamois et Orientaux : de Hollande un beau siamois tabby point RADEN, des USA de beaux siamois, FURYO, BLACK BEAUTY, et surtout d'Australie de magnifiques Orientaux RAMA VALOR VICTORIAN (Valvic), les caviars (belles orientales noires), des silvers de chez KORINDHA, une autre chatterie Australienne.Nous avons eu de très beaux résultats avec ces chats.Nous avons toujours accepté de vendre aux éleveurs, accepté des saillies extérieures. Je pense que cela a certainement aidé certains éleveurs à continuer, à progresser.Nous n'avons été qu'une pierre a l'édifice, et cet édifice est fait de bien des pierres.
Le nom de Aline et Philippe Noël est intimement lié à l'histoire de la race Sphynx en France... Quand as-tu vu un Sphynx pour la première fois ? Cette première fois a-t-elle été décisive ?
la première fois a été en Hollande dans les début 80, nous sommes immédiatement tombés amoureux de la race.
Lorsque vous avez importé Ajahanda's Attila Timothy, (Gizmo), et Ajahanda's Zendila, (Mogwaï), que l'on considère comme des pionniers de la race en France,quel était le contexte par rapport à ce chat « sans poil » au physique si étrange ?
Lorsque Guy Pantigny et Patrich Challain ont importé les premiers, la race était totalement inconnue. Ils les ont exposés dans une de leurs grandes expos.C'est à eux je pense, qu'il faut demander l'impact que la race a eu sur le public.La réaction des gens était soit l'admiration (après la surprise) soit le dégoût et une curiosité malsaine
Comment le milieu de l'élevage a-t-il accueilli cette arrivée ?
Pas très bien, en réalité, car l'effet de nouveauté a pour un temps mis de côté les autres races. Peut êtres certains éleveurs se sentaient-ils sur la touche. En effet, les visiteurs venaient voir les monstres, et se désintéressaient des « chats ».
Aviez-vous conscience qu'une page de l'histoire des races félines était en train de s'écrire à cette époque ? Quelle était votre « démarche » ?
Non, pas du tout, nous étions jeunes, emballés, passionnés, aveuglés par cette belle race. Nous ne nous sentions en rien les pionniers de rien du tout. Nous, goûtions à la joie d'avoir ces chats, à la joie de les montrer.
Leur fille, Amenophis Clone, a servi de modèle à la rédaction du standard toujours en vigueur aujourd'hui. Y a-t-il de ton point de vue des qualités morphologiques de la race qui sont en train de disparaître ?
Oui beaucoup, et c'est bien dommage, le corps du Sphynx actuel est trop longiligne, élégant. Le côté Bouledogue demandé dans le standard semble s'être envolé, la tête aussi change beaucoup, un peu trop plate, trop fine, pas assez anguleuse, pas assez de pinch.Par contre la peau s ‘est nettement améliorée, il n'y a plus (ou presque de Sphynx velus.
En trois ans, en nombre de pedigree CFA délivrés, le Sphynx est passé de la 10e à la 7e place ! Que t'inspire cette évolution ?
La preuve que la race intéresse toujours, malgré qu'elle se soit démocratisée, et c'est bien, (si on cherche l'amélioration et non le rapport).Le charme de la race a pu atteindre la CFA et le GCCF c'est un grand pas.
Que penses-tu de l'élevage de cette race en Russie, si tu as eu l'occasion de pouvoir te faire une idée là dessus ?
Je pense qu'ils les ont travaillés comme ici, pas pire, pas mieux. Les races nues, peut-être dérivées du Sphynx, sont sur le standard bien différentes du Sphynx (ou devraient l'être).Le Peterbald est merveilleusement bien travaillé en Russie.
Le standard CFA autorise toujours l'hybridation jusqu'en 2010 avec l'American Shorthair et le chat de gouttière. Cela produit-il selon toi des dérives non souhaitables que l'on peut observer sur les lignées américaines ? Ou est-ce au contraire capital pour la survie de la race ?
Les deux, car à mon avis même si nous avons beaucoup de Sphynx de par le monde, la race se fragilise comme toutes les races, l'import de sang nouveau est important.En même temps, il faut être vigilant et rester dans le standard, ce qui n'est pas facile lors d'hybridations.
En TICA, sait-on comment travaillent les éleveurs puisque aucune mention d'hybridation ne figure dans le standard ?
Cela ne figure pas dans les standards mais cela figure dans les registrations et breeding rules et c'est comme au CFA
Que devrait-t-on travailler dans le sens de l'amélioration du type morphologique du Sphynx ?
La santé, le type, revenir un type originel.
Chaque race ayant ses particularités comportementales, quelles sont celles selon toi qui rendent le Sphynx unique ?
Le côté humain de cette race, sa présence, son regard. Je l'ai dit dès le début et je le maintiens, il est entre le chien, le singe, et l'enfant avec une pointe de chat.
De nos jours, une aventure comparable à celle du Sphynx est-elle en train de se produire quelque part dans le monde ?
Peut-être, mais je ne vois pas encore laquelle.Car pour qu'une aventure comparable soit aussi frappante, il faudrait que ce nouveau chat vienne de la lune et soit TOTALEMENT différent des autres chats et non pas des mariages ou des mutations dites mineures, allons demander a Steven Spielberg de nous le faire......
En l'imaginant, elle se situerait dans quelle partie du globe ?
Comme je le dis plus haut, de la Lune, ou peut-être de Mars.Mais il devra être NATUREL (car tout a déjà été essayé et est encore essayé pour faire du nouveau, du sensationnel sans vraiment de succès).C'est en répondant à tes questions que je réalise à l'instant la chance IMMENSE INCROYABLE que nous avons eue.