Rappels d'immunologie
La réaction d'un organisme animal à un envahisseur étranger est de développer une réponse dirigée contre l'agent en cause. La réponse est qualifiée d'immunologique ou immunitaire. Le support de cette défense spécifique est représenté par la réaction d'une catégorie de globules blancs, les lymphocytes, qui élaborent une réponse adaptée à chaque antigène. Il existe, en réalité, une spécialisation des lymphocytes. Certains, les lymphocytes B, fabriquent les anticorps destinés à neutraliser les agents infectieux. D'autres, les lymphocytes T, s'attaquent directement aux cellules infectées pour les détruire. Dans les deux cas, les lymphocytes gardent la mémoire de ce premier contact avec un agent étranger, et, si un deuxième contact avec le même agent étranger intervient, ils répondent de façon extrêmement rapide, immédiate, en détruisant l'agent avant même qu'il n'ait pu se multiplier et induire une maladie au cas où il est pathogène.
De ce fait, lorsqu'un sujet a eu un contact antérieur avec un agent étranger, naturel ou vaccinal, il est en général protégé. Son degré de protection dépend de plusieurs facteurs, parmi lesquels les anticorps constituent le mode de défense le plus important.
Le cas particulier du chaton
Chez les carnivores, 90 à 95 % des anticorps maternels sont transmis à la descendance par l'intermédiaire du premier lait (colostrum). À l'occasion des premières tétées, le chaton reçoit en héritage la quasi-totalité de l'équipement en anticorps de sa mère : on parle d'immunité d'origine maternelle, d'immunité passive (le chaton n'a pas fabriqué lui-même ces anticorps), ou transmise. Ces anticorps ont été acquis par la mère tout au long de sa vie soit à la suite de contacts avec des agents infectieux, soit à la suite de vaccinations.
En raison de la perméabilité transitoire de la barrière intestinale, les anticorps colostraux ont la possibilité d'atteindre la circulation générale du chaton au cours des deux premiers jours de la vie.
La concentration en anticorps dans le sang du chaton va ensuite diminuer progressivement pour atteindre des niveaux indétectables à l'âge de 2 mois 1/2 nen moyenne.
Le moment précis de cette annulation est variable selon les chatons, et est sous la dépendance de plusieurs facteurs, parmi lesquels, essentiellement, la concentration en anticorps dans le sang maternel et la taille de la portée.
L'aspect positif de cette transmission est que les anticorps passivement acquis vont protéger le chaton pendant les premières semaines de vie mais, conséquence plus délicate, vont aussi interférer avec les premières tentatives d'immunisation active du chaton par la vaccination. En effet, en s'unissant aux antigènes du vaccin, ces anticorps vont les neutraliser et s'opposer à l'immunisation normalement induite par la vaccination.
L'immunocompétence du chaton, c'est-à-dire sa capacité à développer une réaction immunitaire de bonne qualité, est complète dès la 2e ou la 3e semaine de vie. Les vaccins pourraient théoriquement être employés dès l'âge de 15 jours. En réalité, la vaccination du jeune est contrecarrée, dans la majorité des cas, par l'interférence avec l'immunité héritée de la mère.
Il existe une période critique qui correspond au laps de temps qui sépare le moment où le chaton est devenu sensible à l'infection naturelle du moment où on peut le vacciner efficacement. Cette période est d'autant plus dangereuse pour le chaton que la "pression virale" de l'entourage est importante. Elle est liée à la résistance du virus dans le milieu extérieur, spécialement élevée dans le cas du virus de la panleucopénie. La solution adoptée pour contourner cette difficulté en matière de thyphus consiste à débuter les injections dès la 6e semaine d'âge et à les répèter toutes les 2 semaines jusqu'à l'âge de 12 à 14 semaines environ. C'est du moins le protocole de vaccination dit "lourd", qui est adopté dans les effectifs en cas d'apparition de la maladie. En ce qui concerne le chat vivant de façon isolé, au domicile de ses propriétaires, la pression virale n'est jamais aussi importante que dans les effectifs où des cas de maladie se sont produits et, de plus, ces chatons ont normalement déjà reçu la primo-vaccination avant d'être vendus.
Le chat âgé
En raison de la diminution du taux des anticorps avec le temps, d'une part, et de la baisse de I'immunocompétence avec l'âge, d'autre part, il est impératif d'administrer des rappels de vaccination au chat âgé.
Indications et contre-indications
De façon générale, il est contre-indiqué de vacciner des chats malades, parasités ou en cours de traitement par un immunodépresseur. Tout chaton devra, en règle, être soumis à une vermifugation avant toute administration de la primo- vaccination. De plus, lors de l'emploi des vaccins modifiés, la contre-indication doit être étendue aux femelles gestantes, pour lesquelles il existe un risque potentiel d'induire, sauf démonstration inverse, des anomalies chez le foetus.
En ce qui concerne les indications de la vaccination, il nous faut préciser que l'intérêt de la démarche du propriétaire désirant faire vacciner son chat est encore augmenté lorsque le mode de vie de l'animal comprend la possibilité de sortir du domicile du propriétaire. Ce faisant, le chat s'expose à des risques accrus de contamination : contacts avec d'autres chats ou avec des objets contaminés. Il ne faut pas pour autant considérer que le chat ayant une vie sédentaire dans la maison de ses maîtres ne court aucun risque d'attraper des maladies infectieuses et que, dans ce cas précis, la vaccination est inutile.
En effet, un chat peut être exposé à une contamination au domicile de son propriétaire, en l'absence de toute possibilité de rencontre directe avec un autre chat, par contact avec des objets contaminés à l'extérieur du logement et ramenés au domicile (rôle des semelles de chaussures...). De plus, on doit remarquer qu'un chat qui, pendant une période donnée de sa vie, "ne sort pas" sera un jour ou l'autre amené à le faire, que ce soit en raison de la nécessité de se rendre dans un cabinet vétérinaire, dans une pension ou par obligation de voyager. Il devra alors, sans protection préalable induite par la vaccination, affronter des milieux très contaminés (salle d'attente ou de consultation vétérinaire, locaux de pension, habitacles de train ou de voiture), ce qui l'exposera à de forts risques de contamination à ce moment-là.
Une des difficultés rencontrées dans la définition des indications de la vaccination féline réside dans l'existence, pour plusieurs infections, d'un stade asymptomatique non décelable par un simple examen clinique mais au cours duquel le chat infecté peut contaminer d'autres chats en contact avec lui. Des infections comme le coryza et la chlamydiose laissent les animaux apparemment guéris, mais porteurs, et éventuellement excréteurs, du germe pathogène en cause. D'autres infections félines sont d'évolution très lente, une longue période pendant laquelle le chat contaminé apparaît en bonne santé, séparant le moment de la contamination de la période de maladie proprement dite. Pendant cette période dite asyptomatique, il est impossible, sans réaliser un dépistage spécifique, d'identifier le chat comme infecté, donc dangereux pour les autres chats. Toutes ces occasions de contamination potentielle accentuent l'intérêt du recours à la vaccination préventive.
Les renseignements concernant l'acte vaccinal (nature du vaccin, voie d'inoculation, date de l'intervention, vignette correspondant au lot du vaccin administré) sont consignés dans le carnet de vaccination, qui ne peut être délivré que par un vétérinaire.
Les différents types de vaccins
On distingue les vaccins classiques, les plus couramment utilisés, et les vaccins préparés selon les nouvelles technologies, qui représentent la solution d'avenir.
Parmi les vaccins classiques, on dénombre d'une part les vaccins inactivés ou tués, d'autre part les vaccins atténués, dits encore vivants ou modifiés.
Les vaccins inactivés sont préparés à partir d'agents bactériens ou viraux inactivés par différents procédés comme la chaleur ou un traitement chimique. Le choix de produire un vaccin de type inactivé représente un passage obligé lorsque l'agent causal n'a pas pu être stabilisé sous une forme non virulente (par exemple, le vaccin contre la rage).
Dans les vaccins vivants, l'agent est modifié pour en atténuer la virulence, mais il reste capable de se multiplier. Il induit de ce fait chez l'animal vacciné une forte réponse immunitaire (on les dit "très immunogènes").
La plupart des vaccins du futur seront vraisemblablement préparés par les nouvelles technologies, qui apparaissent pleines de promesses. Il existe d'ailleurs déjà un vaccin commercialisé de ce type, destiné à protéger le chat contre la leucose.