Depuis sa domestication, le chien s'est progressivement détourné du régime carnivore de ses ancêtres sauvages pour adopter progressivement l'alimentation que l'homme lui a proposée. Suivant les époques et les fonctions particulières que le chien remplissait, les conditions de vie de son milieu furent différentes au même titre que son alimentation.
Les chiens de chasse, jusqu'au XIXe siècle, étaient souvent nourris essentiellement de pain fait de diverses céréales (orge, froment, seigle), la viande (en fait les abats) n'étant distribuée qu'exceptionnellement lors des curées ou pour fortifier de manière transitoire certains chiens "affaiblis".
Les chiens de berger des zones géographiques pauvres (les bergers d'Anatolie par exemple) se sont également contentés d'une alimentation à base de céréales et de produits laitiers sans que leur aptitude au travail en soit par trop altérée... mais avec une espérance de vie courte.
À part quelques exceptions (chiens de chasse à courre au gros gibier et chiens de guerre recevant volontiers de la viande censée apporter de la "vigueur", chiens de traîneaux historiquement alimentés à base de viande de phoque, de morse ou de pemmican), la viande fut longtemps considérée comme une denrée "facultative" pour le chien. On peut cependant supposer que le mode de vie plus ou moins autonome des chiens en milieu rural les autorisait à supplémenter leur ration quotidienne de pain trempé avec des proies diverses et variées...
Avec l'élévation du niveau de vie de nos sociétés, la viande fut incorporée de manière croissante dans l'alimentation du chien en remplacement du pain et des céréales, un peu à l'image de l'homme qui cessa de "gagner son pain", pour "gagner son beefsteack" !
Devenue le symbole d'une alimentation riche, la viande fut considérée au XIXe siècle comme la panacée nutritionnelle pour le chien, redéfini par l'homme comme un carnivore exclusif. Cette simplification outrancière fit hélas oublier les habitudes ancestrales du chien, parfaitement apte à valoriser des aliments autres que d'origine animale.
Cette évolution s'est inscrite dans la grande mutation du statut du chien à cette période : d'un rôle exclusivement fonctionnel (chasse, garde, défense...), le chien est passé à un rôle plus social, voire sociologique, avec son intégration pure et simple à la famille qui ne le voit plus sous son angle utilitaire, mais comme un objet vivant d'amour et de prestige.
L'alimentation industrielle est apparue au début du XIXe siècle en s'appuyant sur la reconnaissance affective accordée au chien pour construire un marché bien spécifique.
Elle s'est adaptée et diversifiée suivant l'urbanisation croissante, l'évolution des modes de vie, l'attente des propriétaires, et les orientations différentes des firmes selon que l'on voulait considérer le chien comme un membre de la famille en jouant, chose facile, sur le côté affectif des propriétaires.
Une telle segmentation peut paraître quelque peu rigide, mais reflète cependant deux attitudes fondamentalement opposées du propriétaire de chien pour qui le fait de donner à manger à son animal peut représenter un rite quotidien transmettant une forte charge affective ou bien, de manière plus rationnelle, consister à le nourrir au mieux de son intérêt biologique.
Dès lors, par-delà les débats scientifiques, le problème essentiel lié à l'aliment industriel, en particulier les croquettes, consiste à vaincre la résistance psychologique de nombreux propriétaires de chien qui répugnent à céder à ce qu'ils qualifient de "facilité" en donnant à leur chien un aliment industriel. L'alimentation ménagère, plus exigeante en temps, concrétise pour beaucoup (en particulier les personnes âgées) l'amour qu'ils portent à leur animal.
Le fait "d'écourter" le cérémonial du repas est à l'origine d'une culpabilisation qui induit le refus d'une alimentation rationnelle. Cette réaction est d'ailleurs très nette en France, pays de grande tradition culinaire, alors que des pays de type anglo-saxon (Grande-Bretagne, États-Unis, Hollande, Scandinavie) ont une réaction opposée.
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