Grâce aux progrès de la médecine vétérinaire, l'espérance de vie du chien, tout comme celle du chat d'ailleurs, a significativement augmenté durant ces dernières années, en relation en particulier avec une meilleure alimentation et une amélioration de l'hygiène de vie de ces animaux. C'est ainsi qu'une branche nouvelle, la gériatrie, s'est développée chez les vétérinaires afin de mieux répondre à l'ensemble des problèmes spécifiques posés. Les modifications évoquées, liées au vieillissement de l'organisme, font que ce dernier va être sujet à des maladies assez spécifiques dont les principales doivent être évoquées, ainsi qu'à l'acquisition de comportements parfois anormaux.
Pour les spécialistes du comportement, il existe trois troubles principaux qui sont susceptibles d'apparaître, l'âge aidant.
L'hyperagressivité du vieux chien tout d'abord, dans laquelle le chien, sans raison apparente, devient de plus en plus agressif : il en vient rapidement à mordre, y compris des enfants ou des chiots, et devient boulimique dans environ 75 % des cas. Le traitement ne peut en être que médicamenteux, même si la mise en place d'exercices d'obéissance ou d'agility se révèle utile.
Dans la dépression d'involution, le chien perd progressivement tous ses acquis sociaux, devient malpropre, ne répond plus aux ordres, ou consomme tout ce qui lui passe sous le nez (d'où le risque chirurgical d'ingestion de corps étrangers) ; il souffre de troubles du sommeil ou se met à hurler sans raison. Là encore, il existe à l'heure actuelle des traitements médicamenteux parfois efficaces.
Enfin, il existe une maladie que l'on qualifie de dysthymie du vieux chien, dans laquelle le chien a par exemple du mal à évaluer le rapport entre sa propre largeur et celle du passage qu'il a décidé d'emprunter. Le vieux chien dysthymique aura tendance à vouloir forcer le passage et pourra ainsi rester coincé pendant des heures, grognant et gémissant. Un seul médicament semble actuellement fournir de bons résultats dans cette affection.
Chez le vieux chien, on parle souvent d'insuffisance cardiaque, maladie en fait liée à des atteintes des valvuIes du coeur, avec parfois dilatation de ce dernier.
Ce groupe d'affections liées à l'âge se traduit chez l'animal par un essoufflement rapide, une toux profonde et, en stade ultime d'évolution, par une accumulation d'oedèmes de décompensation (souvent pulmonaires selon le site cardiaque atteint). Si le diagnostic (par le biais de l'échocardiographie) et le traitement (avec ce que l'on appelle les inhibiteurs de l'enzyme de conversion) ont très nettement progressé ces dernières années, il est important pour le propriétaire de s'en inquiéter de la manière la plus précoce qui soit.
L'insuffisance rénale chronique peut se définir comme étant la perte progressive et irréversible des fonctions rénales du chien : fonction d'excrétion, fonction de régulation et fonction hormonale. Cette affection se manifeste lorsque plus de 75 % de la masse des néphrons (unités individuelles fonctionnelles qui constituent le rein) ont disparu. Le rein ayant de nombreuses fonctions dans l'organisme, au rang desquelles bien sûr figure l'excrétion des déchets métaboliques par l'intermédiaire de l'urine, les symptômes cliniques associés à cette maladie chronique sont très divers, allant de ce que l'on appelle une polyuro-polydipsie (le chien boit et urine beaucoup) à une anémie, en passant par une diarrhée chronique, une chute importante de l'appétit ou une déminéralisation des os (le rein et le foie sont les deux organes qui rendent la vitamine D active). À ces signes visibles sont associées de nombreuses modifications sanguines, mises en évidence par des examens complémentaires nécessaires (urée, créatinine, protéines, onogramme, phosphates, calcium, cholestérol).
Dès lors, si l'observation d'une insuffisance rénale chronique est fréquente chez les sujets âgés, un dépistage précoce et un traitement rigoureux peuvent permettre de ralentir l'évolution inexorable vers le stade terminal.
Mais dans le cadre de l'insuffisance rénale chronique, la diététique remplit un rôle et aide grandement à l'efficacité du traitement médical. C'est ainsi que, grâce aux recherches et à l'expérience acquise depuis de nombreuses années, une certaine restriction protéique (avec une teneur optimale de l'aliment à 17-18 % de protéines par rapport à la matière sèche), associée à l'utilisation de sources protéiques de très haute qualité (valeur biologique), permet d'améliorer les signes cliniques et de faire diminuer le taux d'urée sanguin. La restriction en phosphore est en fait la mesure diététique la plus importante pour lutter contre les effets pervers sur l'os de cette maladie rénale (l'aliment devra ne contenir que 0,4 % de phosphore). Une légère restriction en sodium et la présence d'acides gras de la série oméga 3 sont également des éléments à prendre en compte dans la ration et, ainsi, au total, on comprend aisément que les vétérinaires conseillent aux propriétaires de chiens insuffisants rénaux chroniques de se tourner vers des aliments complets conçus dans cet objectif diététique de traitement de la maladie.
Tartres et maladie parodontale. L'âge aidant, le chien a, au fur et à mesure qu'il prend de l'âge, tendance à voir se déposer sur ses dents du tartre, lequel favorise le développement d'inflammations ou infections de gencives avec mauvaise haleine, puis le déchaussement des dents (maladie parodontale). Mais les conséquences de cette affection banale peuvent en fait être plus néfastes pour l'animal, les "portes d'entrée" créées pour les germes pathogènes pouvant conduire à des affections pulmonaires, cardiaques, rénales ou articulaires. L'aliment industriel fut longtemps incriminé à tort, de nombreuses études entreprises récemment ayant détruit ce mythe et démontré que les aliments secs en croquettes prévenaient mieux la plaque dentaire et le tartre que les aliments humides en conserves : les particules alimentaires molles ont plus tendance à s'agglomérer autour de la marge gingivale de la dent, tandis que les croquettes ont sur la dent un effet abrasif et nettoyant. L'aliment sec, associé à un brossage régulier des dents (de nombreux produits sont maintenant disponibles chez les vétérinaires), constituera donc une bonne prévention du problème. Certaines friandises à mâcher (queue de boeuf, bâtonnets de collagène) peuvent également aider à l'hygiène bucco-dentaire du chien. Le traitement passera lui par un détartrage aux ultrasons chez le vétérinaire, fréquemment associé à une antibiothérapie spécifique.
La constipation. Sans être réellement une maladie, la constipation est fréquente chez le vieux chien de par la paresse de ses intestins. Le recours à une alimentation bien conçue telle qu'évoquée précédemment prévient ce problème. L'utilisation d'huile de paraffine ou de laxatifs utilisables par voie rectale pourra être envisagée par le vétérinaire.
De nombreuses autres maladies voient leur fréquence d'apparition augmenter avec l'âge chez le chien, allant d'affections ophtalmologiques ou dermatologiques au développement de tumeurs bénignes ou de cancers. Elles sont envisagées par ailleurs et ne nécessitent aucun réajustement lié au contexte gériatrique.
Au total, on le voit, le chien âgé est redevable d'une approche spécifique, tant au plan préventif (en soignant tout particulièrement l'alimentation et l'hygiène de vie) que dans un cadre curatif (nécessité de bilans gériatriques vétérinaires réguliers). Le dépistage précoce de telle ou telle maladie sera le garant d'une espérance de vie plus longue pour le chien.
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