Rôle et origine de la carnitine
L'organisme dispose de différents moyens pour produire de l'énergie. Le métabolisme qui domine est cependant le métabolisme aérobie, basé sur l'utilisation des acides gras en présence d'oxygène. L'oxydation de ces acides gras a lieu à l'intérieur des cellules dans des petites structures appelées mitochondries. C'est à ce niveau qu'intervient la carnitine : la carnitine est un acide aminé qui permet le transport des acides gras à travers la membrane des mitochondries.
Le chien couvre normalement ses besoins en carnitine lui-même : le foie est capable de synthétiser de la carnitine à partir de 2 acides aminés indispensables, la lysine et la méthionine.
L'alimentation est une autre voie possible d'approvisionnement en carnitine. Si la quantité contenue dans les végétaux est négligeable, les viandes en apportent beaucoup : de 50 mg/100g dans la viande de boeuf à plus de 200 mg/100 g dans la viande de mouton.
Chez le chien, 95 % de la carnitine est concentrée dans le muscle cardiaque et dans les muscles qui l'utilisent pour produire de l'énergie. Dans cette perspective, l'intérêt d'une supplémentation en carnitine chez le chien a été étudié surtout dans 2 domaines : le fonctionnement cardiaque et l'activité physique.
Carnitine et affections cardiaques
Plusieurs observations cliniques montrent que certains problèmes cardiaques sont associés à un déficit en carnitine. Ce déficit entraînerait un blocage de l'approvisionnement en énergie des cellules du muscle cardiaque. Par exemple, au moins 50 % des chiens souffrant de cardiomyopathies dilatées (atrophie du muscle cardiaque + dilatation anormale des cavités cardiaques) présentent une teneur anormalement basse en carnitine dans le myocarde. Les races les plus visées sont les suivantes : boxer, pinscher, doberman, cocker spaniel...
Une supplémentation alimentaire s'avère efficace pour stabiliser voire améliorer l'état clinique des animaux, mais à très forte dose : 200 mg/kg/jour.
Carnitine et chien de sport
Chez l'homme et chez l'animal, on montre que le niveau de carnitine dans le sang diminue de manière conséquente dans les 30 mn qui suivent un effort physique important. Les réserves de carnitine sont donc utilisées par les muscles. Cependant, lorsqu'une supplémentation nutritionnelle est effectuée, la concentration sérique en carnitine diminue moins et retrouve plus vite son niveau normal.
Sur le plan physiologique, la carnitine facilite l'utilisation des graisses comme " carburant " de l'effort, aux dépens de l'utilisation des glucides. Une telle supplémentation serait donc en faveur d'une diminution de la production d'acide lactique, facteur limitant des performances. La résistance à l'effort de longue durée, et la capacité de récupération bénéficieraient également d'un apport supplémentaire en carnitine.
Compte tenu des connaissances actuelles, une supplémentation en carnitine pourrait être conseillée chez les chiens de sport soumis à des efforts d'endurance. De bons résultats seraient obtenus avec des doses de 50 à 100 mg/kg tous les jours. L'efficacité optimale de cette supplémentation s'obtiendrait au bout de 2 à 3 semaines.
A ce niveau, aucune toxicité de la carnitine n'est de toute façon à craindre, à condition qu'il s'agisse bien de L-carnitine. Lorsque elle est synthétisée, la carnitine existe en effet sous deux formes chimiques : la forme L et la forme D. Biologiquement, seule la forme L est active. Un mélange de D- et L-carnitine est non seulement inefficace mais nuisible, car la forme D inhibe l'action de la forme L.
La carnitine en médecine humaine
Chez l'homme, la carnitine est utilisée dans deux cas particuliers au moins :
- chez les insuffisants rénaux subissant des dialyses régulières. La dialyse provoquerait en effet des pertes importantes en carnitine, entraînant un état de carence. (Chez l'homme, la carnitine est aussi synthétisée au niveau du rein) ;- chez les nouveaux-nés prématurés. Une supplémentation en carnitine aide à la formation du mucus tapissant l'intérieur des alvéoles pulmonaires, indispensable au fonctionnement normal des poumons.
Conclusion
Le plus souvent, il n'y a pas à s'inquiéter de la teneur potentielle en carnitine des aliments.
Dans le cas des aliments pour chiens sportifs, l'incorporation systématique de carnitine ne se justifie pas vraiment. Cela augmenterait notablement les coûts, sans que nous puissions garantir un effet positif. En effet, bien des résultats restent encore à confirmer. Une supplémentation en L-carnitine peut cependant être indiquée sous forme de cures pendant les périodes d'entraînement et de compétition. Aucune toxicité n'est de toute façon à craindre.
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