Apparu il y a quinze ans dans la ville de Rostov, le Sphynx du Don est un chat rarissime, à la fois très proche et très différent de notre Sphynx occidental. En Russie, il fait fureur.
Pas de demi-mesure avec les chats nus, ils attirent ou répugnent, mais ne laissent jamais indifférents. Le Sphynx du Don ne fait pas exception à la règle. Variante orientale de nos Sphynx occidentaux - appelés pour les besoins de ce texte Sphynx canadiens -, le Don est une race en constitution qui, si elle n’est pas encore très connue des grands pays félinophiles, fait fureur en Russie.
L’histoire du Don commence en 1987 avec la découverte d’un chat nu dans les rues de Rostov. Elena Kovaleva, professeur à l’Institut Pédagogique d’Etat, rentrait chez elle un soir quand elle surprit des gamins qui jouaient au foot dans la rue, en tapant dans un sac en plastique où hurlait un chat. Elena saisit le sac et ramena la pauvre bête chez elle. Il s’agissait en fait d’une jeune femelle bleue-crème avec d’importantes plaques sans poil et à la peau rêche. Elena l’appela Varvara. Longtemps elle tenta de la soigner, pensant que cette nudité partielle était due à une maladie de peau… jusqu’au jour où Varvara donna naissance à une portée de chatons quasiment nus. Elena essaya d’abord de se débarrasser de ces chatons « anormaux », mais l’un des jeunes arriva tout de même chez une grande éleveuse, Irina Nemikina.
Irina décida de partir de cette particularité pour créer une race entièrement nouvelle. Personne ne voulait y croire et surtout pas les éleveurs de chats. Elle eut alors recours à une ruse. Comme les Russes adorent les cadeaux, elle offrit des chatons Don à des officiels de la félinotechinie aussi souvent que l’occasion s’en présentait. Une fois le chat chez eux, les plus critiques constataient que le Don n’était ni maquillé, ni rasé, ni traité d’aucune manière que ce soit. Souvent même, le caractère extrêmement familier du Sphynx du Don suffisait à les faire basculer du camp des détracteurs dans celui des admirateurs. Dans les années qui suivirent, la cote de popularité du Don ne cessa de grimper, ainsi que son prix, et il devint extrêmement prestigieux de posséder un Don.
Contrairement au Sphynx canadien chez qui le gène responsable de la nudité est récessif, le Shynx du Don est nu grâce à un gène dominant. Un seul parent nu suffit donc pour obtenir des chatons nus. Ce qui est délicat dans ce cas-là, c’est davantage de créer des lignées de chats au physique similaire, mais qui ne ressemblent à aucune autre race déjà existante, que de produire simplement des chatons nus. Il fallut donc écarter les tentants mariages avec les Sphynx canadiens, non seulement parce que le gène de la nudité est différent, mais aussi parce qu’on aurait bientôt été incapable de reconnaître le type morphologique propre à chacune des deux races.
Après différentes tentatives avec des races de croisement dont l’Oriental, on utilise désormais en Russie des Européens et des Sibériens pour reproduire avec les Dons. La reconnaissance par la TICA, aux Etats-Unis, du Peterbald (1) a décidé les éleveurs de Don à ne plus employer d’Orientaux dans leurs élevages et à préférer des chats solides et ronds. Mais il y a encore beaucoup de chemin à parcourir avant que la race ne soit définitivement établie.
Avant d’imaginer un Sphynx du Don, oubliez tout ce que vous savez des chats ordinaires. Avec ses oreilles dressées, ses rides, son allure pataude et une queue que n’aurait pas renié le Roi des Rats dans Casse-Noisettes, il ressemble à un extra-terrestre. Sa peau transpire quand il fait chaud et bronze au soleil. Les rares poils qui s’y trouvent sont rêches et très courts. Contrairement au Sphynx canadien qui n’en a pas ou peu, le Don a une jolie paire de moustaches que l’on aime longues et bien fournies. L’hiver, s’il fait froid, le Don accumule de la graisse sous sa peau et dans une poche ventrale remédiant ainsi à la fuite des calories. Manger est d’ailleurs l’une des occupations favorites du Sphynx du Don. Il aime tout !
Chat joyeux qui adore la compagnie des humains, ses tours sont si nombreux et ses jeux si drôles qu’on le croirait volontiers croisé avec un singe. Ses origines très « nature » et la rusticité des races utilisées actuellement pour son élevage contribuent à sa santé solide et en font un chat sans problème.
(1) Variété de chat nu originaire de Saint-Petersbourg et majoritairement sélectionnée à partir de chats Orientaux. Le Peterbald est aujourd’hui en classe d’évaluation.
Pour en savoir plus sur le Shynx du Don, visitez le site - en russe !- de Natalia Volosova, www.sfinx.narod.ru.Nous remercions également cette éleveuse pour les documents qu’elle nous a envoyés et qui sont à la base de cet article.
Lisez également les articles « Sphynx : à poil ! » , Chnoem, Mogwaï et Gizmo : les Sphynx de fondation et le standard LOOF de la race Sphynx.