Parfois, la nature fait si bien les choses que les hommes n’ont plus qu’à essayer de conserver ce qu’elle leur a offert . Le Maine Coon fait partie de ces cadeaux magnifiques.
L’adaptation au milieu est l’un des principaux facteurs de sélection des espèces animales. Selon le climat, le mode alimentaire ou le type d’habitat, les animaux sauvages développent des types morphologiques qui leur permettent de vivre le mieux possible et de profiter pleinement de leur niche écologique. Dans le cas des animaux domestiques, le principe de sélection est le même, mais l’homme intervient directement en privilégiant des caractères particuliers au gré de ses intérêts et de ses goûts. Parfois, la nature fait si bien les choses que les hommes n’ont plus qu’à essayer de conserver ce qu’elle leur a offert . Le Maine Coon fait partie de ces cadeaux magnifiques.
Le Maine Coon est considéré comme la plus ancienne race naturelle des Etats-Unis. Un halo de légendes illustre son histoire, dont la plus connue, et la plus improbable, a pour fonction d’expliquer ses origines. Ce chat puissant serait issu des amours d’un chat à moitié sauvage et d’un raton laveur. D’où son nom Maine-Coon de sa région d’origine, l’état du Maine, et de Coon -raccoon en anglais veut dire raton-laveur. Du raton-laveur, il a d’ailleurs la queue touffue et la couleur rayée. Au début de l’élevage américain, seuls les chats brown tabby avaient droit au nom de Maine-Coon. Les chats d’autres couleurs étaient nommés Maine Shags ( shag = touffu). L’abondance de robes « sauvages » laisse penser que le mimétisme devait jouer un rôle important : les chats les mieux camouflés survivaient mieux que les autres.
Aujourd’hui, les couleurs les plus appréciées restent proches des couleurs « sauvages » : brown et silver tabby, avec ou sans blanc. Les couleurs à base de bleu, bien que reconnues sont plus difficiles. Quant aux couleurs diluées comme le chocolat, le lilac, le cinnamon, le fawn ou encore le colour point que l’on ne trouve pas dans la nature, elles sont carrément interdites. Ces choix, bien qu’arbitraires et esthétiques, ont l’avantage de souligner la volonté des éleveurs : conserver l’image d’un chat forgé par la nature.
Même si le Maine Coon est aujourd’hui une vedette incontestée des expositions félines, la sophistication n’est pas son fort. On recherche en lui le physique d’un chat parfaitement adapté aux dures conditions de vie qui furent les siennes avant que l’homme ne se mêle de « ses affaires ». Le Maine Coon est très probablement issu de chats domestiques autochtones croisés avec des chats à poil long ramenés d’Europe par les marins au long court. Certains se sont échappés et ont mené la vie de chats de ferme dans une région au climat contrasté. Les hivers du Maine sont rigoureux, les printemps et les automne humides. Il fallait que la fourrure de ces chats commensaux soit comme le meilleur vêtement, à la fois chaude, imperméable et résistante. D’où une répartition très différente de celles des autres races : courte sur le dos et les épaules, plus longue sur le corps et bien fournie sur le jabot et sous le ventre. De grandes mèches de poil un peu huileux recouvrent un sous-poil dense, mais surtout pas laineux, et forment une barrière infranchissable quel que soit le temps. Des plumets, joliment appelés « lynx tips », agrémentent le bout des oreilles.
S’il devait se défendre contre les intempéries, le Maine-Coon devait aussi manger. La chasse était sa première source d’approvisionnement et le chat que nous aimons aujourd’hui est encore remarquablement conçu pour cette activité : grand –c’est le plus grand des chats- avec une poitrine large, une ossature forte, un corps rectangulaire et une densité musculaire incroyable. Gageons que lorsque l’on est souris, une attaque de Maine-Coon doit être imparable, d’autant que son gros museau carré offre des prises de mâchoires d’une grande puissance.
Avec son physique de bûcheron et son air de doux géant, le Maine Coon participe à la vague de succès de chats de races d’un nouveau genre. Encore inconnu en France il y 20 ans, il est un des chats les plus recherchés. Il vient même ébranler des races bien établies comme les Sacrés de Birmanie. Son aspect rustique et sa taille imposante séduisent beaucoup d’hommes qui reprochent aux chats de race leur côté « fragile », voire féminin, et qui hésitaient jusqu’alors à se lancer dans l’aventure de la vie en commun avec un chat. Avec ses 7 à 8 kilos de muscles et son regard chargé de force tranquille, le Maine Coon n’a guère de concurrence que de son alter ego européen, le Chat des Forêts Norvégien, bâti lui aussi pour vivre à demi-sauvage dans une nature difficile. L’histoire ne fait que commencer et cette catégorie de chats, plus grands que beaucoup de petits chiens, a de beaux jours devant elle.