Dominique Goulet, chatterie de Chiraz, est ingénieur et éleveur passionné de Persans. Nous vous présentons ici sa réponse à cette ample question : Qu'est-ce qu'être un éleveur de chats ? Sa contribution s'adresse plus particulièrement à ceux qui aimeraient débuter dans l'élevage. Entre la fascination qu'exerce le Chat et la pratique quotidienne de l'élevage, la place est ouverte aux plus grands bonheurs comme aux grandes difficultés qui jalonnent la passion du vivant.
Cette analyse est le résultat de mon expérience d'éleveur de chats persans. Elle n'a d'autre ambition que de faire partager ce modeste acquis avec d'autres éleveurs ou bien avec des personnes qui souhaiteraient s'investir dans ce loisir extraordinaire.
Il vise aussi à faire découvrir ce monde qui peut paraître par certains aspects obscur et fermé. Ce qui est écrit ici pourra paraître doctoral ou inutile à ceux qui ont déjà de l'expérience mais il faut savoir enfoncer des portes ouvertes pour mieux structurer sa pensée et son action, passer du statut de propriétaire d'animal de compagnie ou du rôle de « reproducteur » de chats à celui d'éleveur/améliorateur de la race.
Il me paraît utile de définir ce qu'est un éleveur selon moi.
Le LOOF (Livre Officiel des Origines Félines ) dit : " S'il existe aujourd'hui de nombreuses races de chats, c'est grâce aux éleveurs qui avec professionnalisme et passion sont au service du chat et de son élevage. Leur rôle est essentiel car, non contents de sélectionner leurs reproducteurs pour conserver des chats, le plus près possible des caractéristiques demandées pour chaque race, ils veillent à la vitalité et à la socialisation de leurs chatons. Leur but ? Etre reconnus comme gardien des races, bien sûr, mais aussi offrir de beaux et bons chatons de compagnie aux acheteurs qui leur font confiance."
Le LOOF ajoute plus loin les mots : Savoir faire / passion / qualité
Ce domaine se décline dans plusieurs domaines : la félinotechnie, la connaissance du relationnel chat/homme dans les deux sens ; le souci de donner le meilleur, la capacité à perdurer par une gestion tant économique que vétérinaire de son élevage.
L'expérience montre qu'élever des chats (surtout pour certaines races) est très rarement une activité rentable d'un point de vue financier. Elle ne peut donc s'exercer qu'avec une sacrée dose de philosophie, d'amour de l'animal et de goût pour la technique de l'élevage.
Cela doit rester une passion au risque de sombrer dans l'approximatif ou pire, le sordide. Par exemple savoir consacrer un temps coûteux en fatigue ou en loisir pour soigner un chat malade ou préparer une mise bas fait partie des sacrifices incontournables liés à l'activité d'élevage.
La qualité :
Dans le monde de l'industrie la qualité est la capacité de remettre en cause l'acquis dans un souci d'amélioration de performances. Cela passe par une connaissance renouvelée de ce qui se fait. C'est aussi avoir une bonne capacité à (re-)connaître ce qui peut être amélioré dans son élevage et enfin « ce qui est moins agréable » par identifier ses erreurs ou les anomalies d'élevage et trouver des solutions à ces dernières...
Avant de se lancer, il faut choisir la race que l'on souhaite élever. Le premier critère sera sans aucun doute le plus évident : se faire plaisir.
De très nombreux livres guident le futur propriétaire. Attention : les livres décrivant exclusivement une seule race ne sont pas toujours objectifs et occultent parfois la charge de travail liée à la possession de l'animal.
Un petit tour dans une exposition et des échanges avec les éleveurs et les propriétaires permettent d'affiner le jugement.
Mais c'est loin d'être suffisant. Il faut en plus tenir compte de critères tels que :
• Le temps disponible : ne pas prendre un chat qui nécessite un toilettage long et fréquent si on ne peut pas y consacrer le temps nécessaire.
• La place disponible : un chat de grande taille ne se gère pas comme un chat de très petite taille. Les arbres à chats sont de dimensions très variables. Par ailleurs il faut compter une caisse à litière classique pour deux chats : où les disposer ? Penser aux chattes allaitantes qu'il vaut mieux isoler, aux chats malades ou en quarantaine etc.
• Les moyens financiers : il y a bien sûr l'achat mais il ne faut pas occulter les soins vétérinaires, l'alimentation qui doit rester de qualité, le coût du toilettage éventuel, etc.
Souvent lorsqu'on se lance dans l'élevage il y a une phase de début où l'on a simplement acquis un ou plusieurs chats avec comme seuls critères ses propres goûts. Chemin faisant et peut-être aussi avec le virus des expositions, on se retrouve avec un petit groupe de félins d'une même race. Pour passer du stade de simple propriétaire à celui d'éleveur, il est important de savoir si l'on souhaite poursuivre en dilettante ou bien si on souhaite passer à celui d'éleveur plus structuré. Les deux situations sont totalement acceptables dans la mesure où les chats sont bien traités ! Mais ne rêvons pas si l'on veut progresser, améliorer la race et éventuellement gagner des concours il faut abandonner l'idée que la réussite est le fruit du hasard...
A SUIVRE... le plan d'élevage, l'importance du réseau de relations, les expositions, la gestion au quotidien, l'équilibre financier
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