L'intégrité de l'appareil locomoteur est, bien évidemment, essentielle chez tout chien de sport ou d'utilité. S'il est un organe grandement mis à l'épreuve chez ce dernier lors de l'effort, il s'agit bien de l'extrémité inférieure des pattes (doigts, espaces interdigités, coussinets), en particulier chez le chien de traîneau, le chien de chasse, ou le chien de recherche en avalanche ou en décombres.
Par dermite interdigitée, on entend un processus inflammatoire qui se développe entre les doigts et les coussinets du chien, rendant cette zone cutanée à la fois plus fragile et douloureuse. Ces inflammations sont communes chez le chien de chasse, mais c'est le chien de traîneau qui constitue sans nul doute la catégorie de sportifs canins la plus démonstrative vis-à-vis de ce problème ; c'est pourquoi, tout naturellement, nous nous réfèrerons à lui dans ce volet, les données évoquées pouvant être appliquées de manière pratique à n'importe quel autre chien.
Symptomatologie : En relation avec la sudation interdigitée et les frottements répétés, des inflammations cutanées d'importance variable peuvent se développer dans les espaces interdigités. De plus, dans le cas spécifique du chien de traîneau, l'accumulation de neige (sous forme de billes) ou de glace (suite à l'alternance répétée entre gel et dégel de la neige et de la glace) entre les orteils et les coussinets provoque l'enflure puis l'inflammation des tissus mous, la perte des poils interdigités protecteurs rendant ensuite possible une évolution infectieuse.
Il en résulte, faute d'une bonne prévention ou d'un traitement immédiat, des plaies interdigitées toujours pénibles car douloureuses et longues à cicatriser.
L'évolution de ces atteintes est sensiblement toujours la même :
- stade 1 : les espaces cutanés situés entre les coussinets rosissent, sont légèrement enflés et douloureux à la palpation (on parle de "fraises") ;
- stade 2 : des craquelures se forment sur la peau, entre les doigts et tangentiellement à ceux-ci, se transformant petit à petit en crevasses ;
- stade 3 : les crevasses finissent par se joindre les unes aux autres pour former des coupures bien nettes ;
- stade 4 : en relation avec l'exacerbation locale du phénomène de sudation, s'en suit une macération avec infection et abcédation des plaies ;
- stade 5 : ce processus infectieux gagne l'ensemble de la main et du pied, affectant les gaines tendineuses et pouvant conduire à des phénomènes septicémiques ou à des chocs endotoxiniques graves.
Conduite à tenir : Concernant le chien de sport dans son ensemble, on ne rencontre en fait en règle générale que des atteintes de stade 1 ou 2, bénignes mais néanmoins justiciables du retrait du chien de la compétition ou du travail. Jusqu'au stade 3, le traitement fait appel à l'application d'onguents cicatrisants et antiseptiques. Les acides gras hyperoxygénés (AlgyvalND) donnent d'excellents résultats sur les affections de stade 1. Les crèmes à l'Aloe Vera se révèlent avoir de très bonnes vertus cicatrisantes et antiseptiques au stade 2. En cas de surinfection locale, on utilisera avec succès des mélanges d'onguents (sur base de lanoline) contenant de l'oxyde de zinc (cicatrisant et asséchant), des polyvinylpyrolidones iodées et des sulfamides (nitrofurazone). Au stade 4, une couverture antibiotique par voie générale se révèle nécessaire.
Prévention : En matière de pathologie podale, la prévention est essentielle car, bien conduite, elle permet d'éviter la plupart de ces problèmes. Elle doit en fait se travailler à tous les niveaux de préparation de l'animal :
- sélection génétique de lignées dont les chiens ont des espaces interdigités resserrés ;
- durcissement de la peau des espaces interdigités durant l'entraînement (éviter le goudron, utilisation de sprays tannants, de solutions d'acide picrique, supplémentation nutritionnelle en gélatine pure ou hydrolysée - 1 g par kg de poids corporel et par jour) ;
- prévention mécanique ; le graissage des espaces interdigités et des coussinets devrait être plus fréquemment valorisé par les propriétaires, de même que la pose de bottines protectrices lors de travail du chien sur terrain difficile (goudron, sols très caillouteux, décombres).
Les bottines, pour "amusantes" qu'elles puissent apparaître, sont parfois une nécessité. Dans le domaine des courses de traîneau moyenne ou longue distance, elles figurent même au nombre des matériels obligatoires à transporter dans le traîneau.
Sur le plan des matériaux utilisés, on trouve :- le nylon épais, le polypropylène, le cordura ou de nouvelles fibres synthétiques, matériaux étanches assurant une bonne protection ;- la fourrure polaire, dont l'usure est rapide et qui n'est pas étanche, mais permet de créer un véritable matelas protecteur et assure une meilleure stabilité au chien sur sol glissant.
Ces bottines sont maintenues sur la patte au moyen d'un système "Velcro" auquel nous préférons adjoindre du ruban adhésif dans certains cas, et qu'il est important de ne pas appliquer au niveau des ergots. La taille des bottines utilisées est importante à considérer car :
- trop larges, elles permettent au pied de glisser et l'échauffement dû au frottement ainsi réalisé est source de problèmes, ce d'autant plus que les doigts vont venir frapper le fond de la bottine durant la course ;
- trop petites, elles enserrent le pied (entraînant une mauvaise vascularisation et une sensation douloureuse pour l'animal) et compriment les griffes sur le fond de la bottine, il en résulte de fortes inflammations de l'extrémité des doigts et de l'espace sous-inguéal ;
- trop serrées au niveau du "Velcro", elles compriment l'ergot et peuvent l'amener à entailler la peau, tout en induisant de douloureuses fourbures par hypovascularisation ;
- trop lâches, elles permettent à des éléments étrangers (petits cailloux, neige, glace...) de pénétrer dans les bottines et d'y devenir source de blessure et de douleur intense.
On peut retrouver deux types d'affections inguéales (touchant aux griffes) chez le chien de sport ou de travail :
- des infections bactériennes de la base de l'ongle, fréquemment secondaires à une cassure ou à un hématome traumatique se situant en région sous-cutanée ; dans l'optique de maintenir le chien au travail, il s'avère alors nécessaire de désinsérer l'ongle, de désinfecter l'ensemble (l'hématome, lorsqu'il est présent, se vide de lui-même) et de le protéger en confectionnant un manchon de moleskine que l'on peut sans risquer gluer à la base de la griffe ;
- des cassures de la partie distale de l'ongle ou de l'ensemble de la griffe (boxes de départ en Lévriers de course, concours en ring) ; une approche, certes empirique mais efficace, peut ne consister qu'en la mise en place d'une goutte de Super-Glue afin de stopper une hémorragie légère mais persistante.
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