L'AFIRAC organisait dernièrement des journées sur le thème des liens qui unissent l'homme et l'animal. En voici un résumé.
Les intervenants des récentes Rencontres de Nantes (22-23 juin derniers), sentinelles autorisées des liens bénéfiques qui unissent l’homme à l’animal au niveau affectif, mais aussi de l’alchimie qui fait intervenir chiens et chats dans le maintien ou la restauration de la santé, de la qualité de vie et du bien-être des humains, travaillent finalement tous sur le même thème : comment démontrer aux sceptiques l’évidence que les TFA -Thérapies Facilitées par l’Animal- fonctionnent ?
Un long travail de codification, d’analyse et d’instauration de protocoles constitue la seconde étape du travail de ces chercheurs. Après avoir joué les éthologues et constaté les effets bénéfiques d’expériences originales menées en milieu spécialisé comme les hôpitaux ou les maisons de retraite, ils essaient de mettre en place des données vérifiables et reproductibles qui pourront rentrer dans l’arsenal des soins associés de certaines pathologies.Le Dr Didier Vernay, neurologue au CHU de Clermont Ferrand, au sein du groupe GRETFA (groupe de recherche et d’étude sur la thérapie facilitée par l’animal) et Jean-Claude Filiatre, neurobiologiste à Besançon, ont ainsi fait de cette systématisation leur cheval de bataille. Pour Angélique Pérol, psychologue-éthologue, il s’agit finalement de positiver l’arrivée de l’animal-acteur de TFA, afin de contrer, hors toute affectivité, les arguments de ceux qui refusent d’intégrer un chien dans certains programmes. L’animal, dans tous les cas de figure, doit être protégé (du stress, voire des agressions de ceux qu’il vient aider) et son propre état de santé est un marqueur précieux de sa forme mentale.Avec les toxicos. La France n’est évidemment pas le seul pays d’Europe où les TFA sont d’actualité. Le Pr. Ballarini, de l’université italienne de Parme, a rapporté les programmes destinés aux toxicomanes où interviennent des chiens, mais aussi des chevaux ou des vaches, selon que le patient est citadin ou rural. Au niveau régional ou départemental, les élus commencent à ne plus rejeter systématiquement les subventions pour les expériences de TFA.
La première règle en médecine, c’est : « avant tout, ne pas nuire ». L’animal souscrit volontiers à ce diktat passif : mais il ne s’arrête pas là et c’est son action bénéfique qu’il convient de populariser en lieu et place des seules nuisances sonores ou hygiéniques dont le créditent ses détracteurs, lesquels n’apportent d’ailleurs aucune preuve a contrario pour étayer leur scepticisme, voire leur hostilité…
Quelques réussites sélectionnées parmi celles présentées au cours des Rencontres de Nantes.
Léon, aide-kiné. En vedette, Léon, le Labrador du service du Pr. Rodat à l’hôpital St Jacques à Nantes, qui aide le kiné à faire bouger des dames très âgées en fauteuil roulant .Elles essaient de toucher les parties de son corps qu’on leur indique, le brossent, soulèvent les jambes pour le laisser passer, favorisant ainsi l’extension de certains muscles. Mais il est aussi celui qu’on a le privilège de raccompagner en laisse à son panier, ou d’avoir au pied du lit à l’heure de la sieste. Léon agit au double niveau physique et mental.
Restaurer la confiance. Moogli, lui, exerce à Lyon, en unité de long séjour, auprès de la psychologue Nadine Fossier Varney. Très attentif à l’homme mais pas trop soumis non plus, ce Labrador est capable de se retirer en douceur en cas d’agression. Ses succès ? Georges, 75 ans, auquel il a rendu un minimum de confiance en soi et d’estime pour sa propre personne. Cet homme, qui ne se levait plus et qui s’auto-agressait, le promène aujourd’hui en laisse dans le service et la dose de psychotropes qu’il doit prendre a sensiblement diminué.
Un appui physique et psychologique. Anna, 68 ans, atteinte de la maladie d’Alzheimer, lui doit son confort au sein du service qui l’accueille. Grabataire, agressive envers elle et le personnel soignant, elle se retirait de plus en plus dans son monde et se rendait insupportable à ceux qui devaient s’occuper d’elle. Moogli, qui ne répond pas à la provocation et qui revient toujours malgré l’image qu’elle offre d’elle, l’a « apprivoisée » petit à petit et est devenu son appui physique et psychologique.
A l’école de Popcorn. En formation pour devenir chien d’assistance, il s’est installé dans une classe de CM2 où il est devenu le centre des activités des élèves. On peut faire des maths ou du français avec le chien pour point de départ, mais on apprend aussi à ses côtés le respect de l’autre, la différence, la complicité et l’esprit civique…
Ces Rencontres étaient placées dans la perspective de la 9ème Conférence internationale sur les relations Homme-Animal qui se déroulera à Rio du 13 au 15 septembre prochain sur le thème « Relations Homme-Animal : une mise en perspective pour le 21ème siècle ».Cette 9ème conférence internationale, placée sous l’égide de l’IAHAIO*, rassemblera des chercheurs et des praticiens couvrant tous les domaines d’intervention liés à la relation homme-animal, à la santé et au bien-être animal, la santé humaine, mais aussi des décideurs politiques, des conseillers et des éducateurs spécialisés. Plus de 500 représentants de 25 pays sont attendus pour participer aux huit séances plénières, aux présentations orales et aux ateliers, mais aussi pour échanger avec les personnes présentant des posters.Huit intervenants français ont été sélectionnés parmi les dix sept qui avaient soumis un projet de communication. Ces spécialistes de la relation homme-animal présenteront les résultats de travaux menés en France, au cours de sessions orales de 15 minutes. L’un des thèmes retenus sera présenté sous forme de poster.La Conférence sera suivie par un séminaire co-organisé par l’Organisation Mondiale de la Santé et l’IAHAIO à Sao Paulo du 17 au 19 septembre. Cette réunion, qui constitue une grande première pour les deux organisations, aura pour thème : « Les zoonoses et la relation Homme–Animal ».
Ce séminaire est le résultat de forums de discussion qui ont réuni des représentants de l’OMS et de l’IAHAIO en 1998 et 2 000. L’objectif était de construire un programme éducatif à destination des pays en voie de développement sur la gestion des populations canines et félines, l’importance de la prévention des zoonoses et la prise en compte responsable de l’animal.
* International Association of Human-Animal Interaction Organizations