Si c’était une star de cinéma, ce serait Audrey Hepburn, si c’était une voiture, ce serait une Ferrari ! Mais c’est un chat, celui de tous les superlatifs pour ceux qui l’aiment : l’Oriental. Avant de succomber, soyez quand même prévenu : si vous cherchez un petit félin calme et indépendant, l’Oriental n’est pas fait pour vous !
L’histoire de l’Oriental est une des plus mouvementées de toutes les races félines. Race asiatique très ancienne, il a été importé du Sud-Est asiatique en Grande-Bretagne à partir de la fin du XIXe siècle, en compagnie d’autres chats exotiques. Il y avait des chats unicolores à la robe noire, bleue ou chocolat, des chats colour point aux yeux bleus, à la robe claire et aux extrémités plus foncées qu’on allait bientôt appeler Siamois et d’autres enfin, aux robes intermédiaires, qui seraient un jour connus sous le nom de Burmèse ou de Tonkinois. Tous ces petits félins jouissaient d’une grande popularité dans leurs pays d’origine où ils servaient autant de porte-bonheur que de chasse-souris. En Thaïlande, ils étaient tellement aimés et respectés qu’au XIIIe siècle les artistes de la cour royale du Siam leur rendaient déjà hommage dans des représentations et des poèmes réunis dans un manuscrit appelé Le Livre du Chat.
Les chats bleus étaient particulièrement appréciés. Appelés Si-Sawat, leur robe couleur de nuage gorgé de pluie et leurs yeux verts comme des jeunes pousses de riz étaient symboles de récoltes abondantes et de richesse. Malheureusement, l’Angleterre victorienne et la félinotechnie naissante ne s’embarrassèrent pas de poésie. Sur les bancs des expositions félines et dans les salons huppés, les yeux bleus des chats colour point faisaient un tabac à tel point que l’on négligea leurs frère entièrement colorés dont les yeux verts avaient peine à rivaliser. Le couperet tomba en 1920 quand le club anglais du Siamois décréta que l’élevage des variétés autres que celles ayant les yeux bleus ne pouvait être encouragé…
D’exclusion en exclusion, les Orientaux à la robe autre que colour point avaient complètement disparu quand, au début des années 1950, une éleveuse anglaise, Mrs Isabel Muro-Smith obtint un chat à la robe entièrement chocolat en mariant un siamois seal point avec un chat noir. Il s’agissait de combiner la morphologie du Siamois, déjà très élégante à cette époque, avec la profondeur d’une robe unicolore aux chauds reflets marron. Cette variété, appelée Havana, connut un succès quasi immédiat.
Mais s’il est bien une éleveuse à qui l’Oriental est redevable, c’est Mrs Pat Turner, chatterie Scintillia, qui mit au point un programme d’élevage avec l’aide du généticien Roy Robinson pour créer un Siamois blanc aux yeux bleus. Pour ce faire, elle pratiqua de nombreux croisements entre des chats Siamois et des chats blancs. Or, le blanc est une couleur très spéciale qui a la particularité de cacher toutes les autres, comme si on avait passé un coup de peinture. Les chats blancs utilisés pour la création du Siamois blanc, appelé aussi Foreign White, étaient en fait de bien d’autres couleurs et l’on vit apparaître dans leur descendance des chatons noirs, chocolat, lilas et même rouges, tortie ou tabby. Pat Turner venait de recréer l’Oriental des origines et commençait à le sortir de l’ombre de son grand frère Siamois.
Cette éleveuse hors du commun ne s’arrêta pas là. A partir d’un mariage entre un Siamois chocolat et un Persan chinchilla, elle donna le jour aux premiers Orientaux silver et même aux premiers Orientaux à poil long aujourd’hui appelés Mandarins.
Recréé en Grande-Bretagne, l’Oriental allait connaître une seconde vie au début des années 1970, quand les éleveurs américains commencèrent à s’intéresser à lui. Il y avait bien eu quelques importations de Havanas une dizaine d’années plus tôt, mais la multiplicité des couleurs qui commençaient à habiller les Orientaux eut l’effet d’un électrochoc.
En 1977, la CFA fut la première fédération à reconnaître les Orientaux et ils devinrent une des races félines les plus populaires. Parallèlement au développement des couleurs, le type des Orientaux évolua de manière importante. Aiguillonnés par la concurrence, plus ou moins induite, avec le Siamois, les éleveurs souhaitèrent des chats de plus en plus élégants, triangulaires et longilignes. Car l’Oriental ne souffre pas la médiocrité. Un Siamois à la morphologie moyenne peut être rattrapé, pour le néophyte du moins, par une couleur flatteuse et par ses fameux yeux bleus. Pas un Oriental. Les éleveurs les plus actifs eurent donc systématiquement recours à ce qui se faisait de mieux en Siamois pour améliorer sans cesse le type de leurs Orientaux. A tel point qu’aujourd’hui, et alors que le Siamois et l’Oriental sont bien une seule et même race que seule différencie leur couleur, la qualité des Orientaux est sensiblement supérieure à celle des Siamois.
L’Oriental est enfin rentré dans son âge adulte et, des Etats-Unis à l’Europe continentale, on recherche aujourd’hui le même chat, mélange harmonieux de puissance et de grâce. Sa tête triangulaire est reconnaissable entre toutes. Ses yeux verts sont en amande et ses oreilles, les plus grandes de toute la gent féline, sont placées bas dans le prolongement du triangle de la tête. Son profil est une longue ligne droite qui part du front jusqu’au bout du nez. Certains sujets ont même un profil busqué, comme un Bull Terrier. Le corps de l’Oriental est long et tubulaire avec une musculature ferme, tonique et sèche. L’ossature de ses pattes hautes et longues est fine et dense. Sa queue est un fouet et sa fourrure, courte et près du corps comme une seconde peau.
Le physique de rêve de l’Oriental ne serait rien sans son caractère exceptionnel. Qui n’en a jamais possédé, ou plutôt, qui n’a jamais partagé sa vie avec un Oriental ne peut même pas soupçonner à quel point ce chat est proche de l’homme. Hyperactif, bavard, extraverti, pot de colle, il est extrêmement attachant, véritable petit personnage qui accompagne chacun de vos pas et dort au creux de votre cou. Bien sûr, il pourrait en agacer certains qui aiment leur tranquillité… Mais on connaît maints exemples de personnes qui disaient ne pas aimer les chats et préférer les chiens, tourner casaque dans leurs convictions après quelques jours de vie commune avec un Oriental. Sa grande curiosité naturelle et sa bonne humeur en font par ailleurs un chat particulièrement bien adapté à la vie de famille, lui qui sait apprendre la patience et le respect aux enfants les plus turbulents.