« Qui, en Polynésie Française, n'a jamais vu, d'une poubelle à l'autre, errer de chienne squelettique et la peau nue par plaques à cause de la gale ? Qui, en Polynésie Française, n'a jamais vu ou entendu parler de cartons au bord de la route, ou déposés en douce au fond de sa cour ou de son jardin, et remplis de chatons ou de chiots d'un mois ou deux appelant désespérément leur mère ? » « Des milliers de chiens et de chats vivent dans les rues livrés à eux-mêmes dans des conditions sanitaires déplorables, rongés par la gale, affamés et assoiffés, mutilés, blessés volontairement par des hommes qui ne respectent pas l’animal et qui s’adonnent régulièrement à des tortures gratuites et à des infamies sur nos amis à quatre pattes. » Il est inutile d’allonger la liste des témoignages car ils concordent tous pour dénoncer souffrance et surpopulation des chats et des chiens.
« Il y a trop d'animaux malheureux en Polynésie. Il ne faut pas en rajouter. Il faut stériliser. » C’est avec ce mot d’ordre que l’association Fenua Animalia se bat depuis des années pour lutter contre la surpopulation animale, dénonçant sans relâche la misérable condition de ces animaux « derrière le rideau de fleurs ». C’est grâce à cette quinzaine de bénévoles obstinés qui se décrivent eux-mêmes comme les pompiers des animaux, que cette campagne de stérilisation a pu au moins débuter. Un combat qu’il faut soutenir car justement ce n’est qu’un début et que les conditions locales sont très défavorables.
A ce jour, il n'existe en effet en Polynésie Française aucune structure pour les animaux défavorisés, ni refuge, ni dispensaire. Lorsque l’on sait que la stérilisation d'une chienne coûte l’équivalent de 280 dollars, celle d'une chatte 170 dollars, que le nombre d'animaux par famille est supérieur à un et qu’en termes de revenus, un seul revenu bien souvent fait vivre toute une famille, on comprend bien qu’il s’en suit une surpopulation animale catastrophique qui perdure avec son cortège de souffrances d’épidémies, d’accidents, de famines… La solution : une campagne de stérilisation massive et gratuite.
La lutte de l’association a démarré en 1999. A cette époque le scandale des chats et chatons, hôtes indésirables mourant de faim, sur le motu de Tihaura appartenant à un célèbre club de vacances permit d’alerter La Fondation Pegasus - association américaine d'impact mondial - et la W.S.P.A., association mondiale de protection des animaux, travaillant avec l'ONU. Ce furent les premiers maillons. Audit, experts, disparition d’un des principaux soutiens de la cause dans un accident d’avion, indifférence de la métropole, résistance acharnée de certains locaux, et puis, en 2002, par l’intermédiaire d’une touriste, c’est la rencontre avec une association de vétérinaires étrangers bénévoles, la Esther Honey Foundation, qui ont l'expérience du Pacifique puisqu'ils ont procédé à la même opération aux îles Cook (Rarotonga) et ont plus de 12.000 stérilisations à leur actif. Un dossier solide put être monté, qui permit d’emporter le soutien sans faille de M. Gaston Tong Sang, maire de Bora-Bora.
Après deux ans de préparation, cette première mission de stérilisation, qui a eu lieu du 19 février au 17 mars 2004, avait pour objectif de stériliser 4 à 600 des 4000 animaux de cette île loin de Tahiti à raison d’une trentaine d’animaux par jour. L’association Fenua Animalia dressera prochainement le bilan, espérant que cette campagne ballon d’essai permettra de faciliter les campagnes suivantes. En effet, ce sont seulement 15 à 20% de la population globale qui ont été traités. Or, d’après l’association, une campagne de stérilisation n'a aucune chance de servir à quelque chose si elle ne respecte pas la "loi des 70%" c’est-à-dire traiter entre 70 et 80% de la population en moins de deux cycles de reproduction (environ un an et demi). Ce n’est donc qu’un début.
Nous ne pouvons que vous inviter à explorer et lire le site de Fenua Animalia. Vous n’y trouverez aucune photo, aucune fioriture, en revanche tout ce qui concerne la situation en Polynésie est complet, structuré avec tous les liens utiles pour agir.