Très apprécié des exposants français pour son excellente connaissance des chats et son humour very british, Alan Edwards officiait à Baltard ce week-end. Il nous confie ses impressions.
Alan Edwards : Bien sûr. Je suis un juge et un éleveur anglais qui a le grand plaisir de venir juger régulièrement en France, mais aussi dans le reste de l’Europe et aux Etats-Unis. J’ai élevé des British principalement, mais aussi des Persans silver et des Siamois. Paradoxalement, je ne juge pas tous les groupes de races en Angleterre, alors que je suis juges « toutes races » pour le reste du monde. Alors qu’ici les juges passent leur examens, race par race, jusqu’à pouvoir les juger toutes, et qu’en Amérique la formation permet d’emblée de juger les chats dans leur globalité, les juges toutes races ont toujours été très rares chez nous. Cela tient à la structure du Governil Council of the Cat Fancy, le GCCF, et au système des clubs de races. En Grande-Bretagne, les chats sont divisés en très différentes de vos catégories où vous classez les races en 3 sections par longueur de poil (Poil Court, Poil Mi-Long et Poil Long). Pour juger une race, il faut être recommandé par le club qui la gère et qui préfère, en règle générale, former et utiliser des juges spécialistes. Ceci à tel point qu’il n’y a plus actuellement de juges toutes races en Grande-Bretagne et qu’il faut quasiment 35 ans pour y parvenir. Moi, il me reste encore 9 ans, car je juge depuis 26 ans (rires)!
La différence la plus importante est qu’en Grande-Bretagne les juges n’ont pas de contacts directs avec les exposants. Les jugements ont lieu le matin, quand la salle est vide. Les chats sont disposés dans des cages anonymes, avec une couverture blanche, des rideaux blancs, une écuelle blanche et un bac à litière… blanc ! Le juge se déplace de cage en cage avec un petit chariot qui lui sert de table de jugement. Les chats sont sortis de leur cage un par un pour être examinés. Bien sûr, un propriétaire peut venir l’après-midi pour nous demander des explications ou des commentaires supplémentaires. Je réponds toujours à leurs questions. Mais nous ne les voyons pas pendant les jugements. En France, ce sont les exposants qui viennent avec leurs chats. Ils les apportent eux-mêmes et sont présents lors du jugement. Ils sont autorisés à parler avec le juge qui a un rôle pédagogique, voire de conseiller. Il y a un véritable échange. Et j’aime ça ! Bien sûr, cela demande une certaine force morale de la part du juge qui pourrait céder à un exposant trop pressant. Mais moi, je trouve très instructif de partager mes convictions avec les propriétaires.Une autre différence est que chez nous, l’exposition se tient sur un jour, le samedi, et que les visiteurs ne sont pas une priorité. Ici, l’exposition dure généralement deux jours, et les spectateurs sont attendus nombreux. A Baltard aujourd’hui, il y a une queue spectaculaire de plus de cent mètres et les visiteurs font partie intégrante du show.
Pas tant que cela. Les chats sont assez semblables. Si on veut aller un peu plus loin, on pourrait dire que les Persans sont meilleurs en France. Ou plutôt que l’on trouve davantage de meilleurs Persans ici qu’en Grande-Bretagne. Aujourd’hui, j’ai dû départager avec beaucoup de difficulté 4 femelles torties d’une qualité incroyable. Il ne m’arrive presque jamais d’avoir à faire ce choix cornélien, car je n’ai jamais 4 chattes torties pratiquement parfaites en concurrence. Mais nos Persans s’améliorent.Nous n’avons pas les superbes Bombay que j’ai vu aujourd’hui et que je vois régulièrement en France et nos Burmèses anglais sont à considérer comme une race différente des Burmèses américains.La femelle Rex Cornish qui a fait « meilleur chat » du samedi n’est pas si différente des Rex que nous essayons d’avoir. Bien sûr, elle a une sorte de double profil romain, quand nous essayons d’avoir un profil d’un trait ; elle a du pinch quand nous souhaitons des lignes plus droites et ses yeux sont ronds quand nous voulons des yeux en amande. Mais nous connaissons ce type de chat car nous en avons importés. Je voyage beaucoup et quand je vois des élevages qui réussissent bien à l’étranger, je mets les éleveurs en contact. C’est ainsi que j’ai fait importer en Angleterre des British originaires d’Autriche et d’Allemagne, parce que je pense qu’en ce moment, c’est là que l’on trouve les meilleurs. Il y a certainement une certaine méprise. Les Français ont tendance à penser que tous nos chats sont un peu démodés. Nos Siamois et nos British sont plutôt meilleurs qu’ici. Mais en fait, cela dépend de la popularité de la race. Quand nous avons des expositions « spéciales british » avec 250 engagés, nous avons forcément plus de chances de trouver de bons chats et donc d’avoir le choix. En revanche, les chats sont bien mieux présentés en France, notamment les Persans. En Angleterre, je refuse beaucoup trop de titres parce que les chats ne sont pas toilettés.
Oui, je viens d’apprendre que les chats inscrits au GCCF pouvaient être exposés ici, sans être réinscrits au livre d’origine français, alors que nous exigeons que les chats étrangers soient inscrits au GCCF pour être exposés ici. C’est une bonne nouvelle. Je suis sûr que certains éleveurs, et parmi les meilleurs, viendront avec plaisir quand ils le sauront.